La profitabilité de Renault, 1945-2015

Référence

Freyssenet M., La profitabilité de Renault, Groupe et maison-mère, 1945-2015. Document d’enquête: tableaux, graphiques et commentaire. Édition numérique, freyssenet.com, 2007 et mises à jour, 70 Ko, ISSN 7116 0941.

Le fichier est téléchargeable en allant à la fin de cette page. La référence précédente est la référence à utiliser en cas de citation de la présente page ou d'emploi du tableau et des graphiques.

Recherches à l’origine et autres travaux

Les premières données financières de Renault rassemblées (chiffre d’affaires, résultat brut, résultat d’exploitation, résultat net, autofinancement, investissement, endettement) l’ont été pour retracer la trajectoire de ce constructeur automobile de l’après-guerre à 1979, puis à 1995, à 2000, et enfin à 2007. Certaines de ces données ont été en effet publiées et complétées successivement dans ✔ Freyssenet M., Division du travail et mobilisation quotidienne de la main-d’œuvre. Les cas Renault et Fiat, CSU, Paris, 1979, 431 p. Édition numérique, freyssenet.com, 2006, 23,2 Mo. ✔ Freyssenet M., Mair A., Shimizu K., Volpato G. (eds), One Best Way? The Trajectories and Industrial Models of World Automobile Producers, Oxford, New York, Oxford University Press, 1998, 476 p. ✔ Freyssenet M., Mair A., Shimizu K., Volpato G. (dir.), Quel modèle productif? Trajectoires et modèles industriels des constructeurs automobiles mondiaux, La Découverte, Paris, 2000, 568 p. ✔ Freyssenet M., Shmizu K., Volpato G. (eds), Globalization or Regionalization of European Car Industry?, London, New York, Palgrave-Macmillan, 2003, 275 p. ✔ Freyssenet M., Renault 1992-2007, mondialisation et incertitudes stratégiques, original en français de «Renault 1992-2007 : globalisation and strategic uncertaintiy», in Freyssenet M. (ed.), The Second Automobile Revolution. Trajectories of the World Carmakers in the 21st century, Basingstoke and New York: Palgrave Macmillan, 2009, pp 267-285. Édition numérique : freyssenet.com, 2009, 733 Ko, ISSN 7116-0941.

Par ailleurs Bruno Jetin a eu à recueillir d’autres données financières pour calculer l’écart de la valeur ajoutée au « point mort » de Renault, comme il l’a fait pour les principaux constructeurs automobiles dans le cadre des travaux du GERPISA sur les modèles productifs conduits par Robert Boyer et moi-même. Les résultats couvrant la période 1955-1995 ont été publiés dans ✔ Boyer R., Freyssenet M., (avec la collaboration de B. Jetin), « Les stratégies de profit et les performances des firmes automobiles. Une analyse statistique, 1965-1994 », GERPISA, Paris, 1999, 60 p. Édition numérique : freyssenet.com, 2006, 5,4 Mo.

Le présent document met à jour les séries précédentes, y compris celles de Renault maison-mère.

Daniel Fixari (CNRS, CGS) a fait un travail très complet sur le financement des investissements de Renault, portant sur la période de 1945 à 1992. Il l’a publié en 1997 dans le numéro 13 des Cahiers de recherche du CGS sous le titre « Histoire de comptes. Le financement de Renault. 1945-1992 ». Pour analyser l’autofinancement, il a dû reconstituer les résultats de Renault, notamment le résultat net et l’excédent brut d’exploitation. On lira ci-dessous l’usage que nous faisons de ces deux indicateurs. Par ailleurs, Daniel Fixari a mené dans cet article une réflexion incisive sur les comptes d’entreprise. Pour tous ceux qui souhaitent approfondir cette question, il est recommandé de télécharger son article à :
http://www.cgs.ensmp.fr/publications/cahiers/cahier13/texte.pdf.

Présentation du tableau et des graphiques

Contenu

Le tableau statistique donne, pour Renault (maison-mère) de 1945 à 2015 et pour le Groupe Renault de 1973 à 2015, l’écart de la valeur ajoutée au point mort rapporté point mort, le résultat d’exploitation, l’excédent brut d’exploitation, la marge opérationnelle et le revenu net en pourcentage du chiffre d’affaires. Les graphiques opèrent différentes comparaisons entre les séries statistiques.

But

En utilisant ces indicateurs, il s’agit de cerner au mieux l’évolution de la profitabilité de Renault, afin d’apprécier la capacité de la stratégie poursuivie et des moyens employés à dégager le profit suffisant à la pérennité de l’entreprise dans le contexte concurrentiel, actionnarial et social qui est le sien.

Les définitions de la profitabilité

La profitabilité d’une firme n’est pas appréhendée de la même façon par l’actionnaire, le banquier, le dirigeant, le salarié, les pouvoirs publics, le fournisseur, le consommateur, le concurrent, le comptable, le chercheur. L’actionnaire s’intéresse d’abord à l’évolution du dividende par action et du cours de l’action. S’il est éclairé et informé, il détermine sa stratégie de placement de court/moyen/long terme ou de retrait en essayant de savoir quels sont les activités et les moyens à l’origine du profit de l’entreprise et quelles sont les perspectives de croissance. Le profit a en effet des origines multiples : non seulement l’activité qui constitue la raison sociale de l’entreprise, mais aussi les participations dans d’autres sociétés, les placements financiers, les prestations diverses, les plus-values de cession, les subventions, etc., qui peuvent être très importants à certains moments. L’efficacité des moyens employés dépend par ailleurs de leur cohérence et du contexte. Le banquier, quant à lui, regarde d’abord le niveau d’endettement de l’entreprise, sa capacité à rembourser dans les délais sans obérer son avenir et ses garanties en cas de défaillance. Le dirigeant doit logiquement porter son attention en priorité au chiffre d’affaires et à la marge produite, qui lui permettent en effet de payer salaires, achats de fournitures et de prestations, investissements, impôts et dividendes, les autres sources de revenu servant généralement à pallier quelques déficiences ou à accélérer le développement de l’entreprise. Le salarié et son syndicat analysent le niveau de la valeur ajoutée et son partage entre salaire, investissement, dividende et impôts, ainsi que les investissements pouvant assurer la pérennité de l’emploi. Les pouvoirs publics s’interrogent sur le niveau et le type d’imposition en mesure de stimuler, selon le cas, les recettes fiscales, l’emploi, l’investissement, l’attractivité du territoire, etc. Le fournisseur est lui préoccupé avant tout par le partage de la marge globale produite par tous les intervenants de la filière, par la capacité à être payé dans les délais et par la garantie apportée d’un volume suffisant de commandes. Le consommateur se demande volontiers s’il n’enrichit pas indûment l’entreprise en acceptant les prix qu’elle pratique et la qualité réelle qu’elle offre. S’il a une conscience citoyenne, il peut éventuellement se demander également s’il favorise par son achat l’emploi local et national dont ses revenus et sa protection sociale dépendent in fine. Le concurrent essaie d’abord de comprendre les sources et la stratégie de profit de l’entreprise considérée pour ne pas se trouver trop directement en concurrence avec elle. S’il ne peut éviter l’affrontement, il cherche à évaluer jusqu’où il doit aller dans la pression concurrentielle qualité/prix pour prendre des parts de marché. Le comptable a à cœur de produire des comptes cohérents, équilibrés et transparents. Le chercheur enfin veut souvent disposer ou pouvoir construire un indicateur qui réponde à la question de recherche qui est la sienne. Il résulte donc des préoccupations différentes des acteurs ou des observateurs de l’entreprise une multitude d’indicateurs.

Indicateurs

Malgré leur grand nombre, les indicateurs de profit sont rarement pleinement satisfaisants pour plusieurs raisons. Tout d’abord, ils ne peuvent être construits qu’à partir des agrégats comptables que l’entreprise utilisent et publient. Ces agrégats et leur présentation doivent respecter des obligations légales en la matière, intégrées dans le Plan Comptable Général français. Depuis 2002, les groupes internationaux appliquent les normes IFRS qui harmonisent la présentation des résultats entre pays, mais qui font également prévaloir une vision plus financière de l’entreprise. Il n’est donc pas toujours possible de construire les indicateurs que l’on veut. Par ailleurs, chaque entreprise adapte le Plan comptable, dans les limites acceptées par les commissaires aux comptes en charge de leur transparence et de leur légalité. Les indicateurs souhaités sont encore plus difficiles à construire quand on veut qu’ils soient les mêmes dans le temps, étant donné les inévitables changements de méthodes de calcul et de définitions des mêmes agrégats.

Nous avons finalement décidé de construire notre propre indicateur pour qu’il soit susceptible d’exprimer au mieux ce que nous cherchions: à savoir l’efficacité de la configuration socio-productive de l’entreprise (politique-produit, organisation productive, relation salariale) au service d’une stratégie de profit, et cela à partir d’agrégats comptables les plus stables, les plus généralisés et les moins contestables possibles. Cet indicateur est l’écart entre la valeur ajoutée et le « point mort », exprimé en pourcentage par rapport au point mort. La valeur ajoutée (VA) est ce que l’entreprise a vendu de ce qu’elle a « produit » en propre, en dehors donc de ce qu'elle a dû acheter. La VA s'obtient en soustrayant au chiffre d’affaires les achats de fournitures et de services externes et "autres charges". Le "point mort" est le niveau de dépenses indispensables pour produire, au-delà duquel l’entreprise commence à dégager du profit. Les dépenses indispensables que nous avons retenues (et que nous avons appelées dépenses contraintes : DC, car elles ne sont pas immédiatement ajustables aux variations de la demande) sont les « salaires et charges sociales » d’une part, la « dotation aux amortissements » d’autre part. L’indicateur se calcule donc par la formule : (VA-DC/DC)x100. Il exprime au plus près la profitabilité propre de l’activité de l’entreprise durant l’année considérée, avant de prendre en compte les revenus annexes et exceptionnels, les charges accumulées les années précédentes ou les provisions à faire pour l’avenir, les « impôts sur les bénéfices » ou les « participations des salariés aux bénéfices ». Nous l’avons désigné par l’acronyme PM. Il a pu être calculé pour Renault maison mère de 1947 à l'année présente et pour le Groupe Renault à partir de 1981.

On pourra toutefois comparer notre indicateur avec quatre indicateurs classiques des comptes de résultat des sociétés, qui ont l’avantage d’être fournis directement par Renault. Concernant la maison mère, le résultat net (RN) est donnée depuis 1945, l’excédent brut d’exploitation (EBE) depuis 1947 et le résultat d’exploitation (RE) depuis 1977. Concernant le Groupe, le résultat net est donné à partir de 1976 et le résultat d’exploitation à partir de 1981. L’excédent brut d’exploitation n’est pas fourni, mais l’on dispose à partir de 1997 de la marge opérationnelle (MO). Comment ces indicateurs sont-ils définis et quels sont leurs inconvénients, que notre indicateur PM essaie d’éliminer ? Pour répondre à ces deux questions, il faut au préalable rappeler ce qu’est l’ « exploitation ».

Relève de l’ « exploitation » d’une part tout ce qui a été produit (biens et services, autres produits et subventions) par l’entreprise, que l’on appelle les « produits d’exploitation » ; et d’autre part tout ce qui a été nécessaire à cette production (fournitures de biens et services et autres charges, coût du financement des ventes, salaires et charges sociales, dotation aux amortissements, provisions, impôts, taxes et subventions liés à l’exploitation), que l’on appelle « charges ou dépenses d’exploitation ». La conséquence de ces définitions est que les « produits d’exploitation » englobent non seulement ce qui a été vendu (le chiffre d’affaires) , mais aussi les « produits stockés et immobilisés », les « reprises sur provisions d’exploitation », les « transferts de charge » et les « autres produits ». Cela a pour effet d’augmenter ce qui a été effectivement vendu de 2 à 6%, suivant les années. Symétriquement, les charges englobent, non seulement les « achats de biens et services », les « salaires et charges sociales » et la « dotation aux amortissements » et les « provisions », mais aussi les « variations de stocks des fournitures », les « provisions d’exploitation » et les « impôts et taxes liés à l’exploitation » (par exemple la taxe professionnelles, la CSG, etc., mais pas la TVA) et les « autres charges ». Les charges d’exploitation en sont augmentées de 1 à 5%, selon les années. En toute rigueur le résultat d’exploitation devrait donc être rapporté aux produits d’exploitation ou aux charges d’exploitation. Or il l’est classiquement et illogiquement au chiffre d’affaires. Cela a pour effet de le surestimer dans une proportion variable d’une année sur l’autre.

Le résultat d’exploitation (RE) est normalement, selon le Plan Comptable Général, la différence entre les produits et les charges d’exploitation, à l’exclusion donc des « produits et charges financières », des « produits et charges exceptionnelles », de l’impôt sur les bénéfices, de la « participation des salariés » et du « produit net des cessions ». Son inconvénient, outre d'être rapporté au CA, est d'inclure les "provisions" parmi les charges, alors qu'elles ne sont que des dépenses hypothétiques.

L’excédent brut d’exploitation (EBE) est l’indicateur qui se rapproche le plus de notre indicateur. Comme le PM, il retire des « charges de l’exploitation » la dotation aux provisions. Mais il en retire aussi, indûment, « la dotation aux amortissements » et les « autres charges » nettes (diminuées des autres produits). Inversement il conserve, indûment aussi, les impôts, taxes et subventions liés à l’exploitation.

La marge opérationnelle exclut des « produits et charges d’exploitation » les « autres produits et charges », (qui, rappelons-le, peuvent être les « coûts de restructuration », le résultat des « cessions d’immobilisations », le résultat de « produits et charges inhabituels », etc.) Mais paradoxalement, elle englobe les impôts, taxes et subventions liés à l’exploitation et la dotation aux provisions sur « actif circulant, risques et charges », qui ne sont que des hypothèses sur des coûts à venir possibles. En outre elle est, elle aussi, calculée à partir des données de l’exploitation pour être rapportée ensuite au seul CA

Le revenu net (RN) somme, quant à lui, tous les gains et les pertes possibles : donc non seulement le résultat d’exploitation mais aussi le « résultat financier » (différence des produits et charges financiers), le « résultat exceptionnel » (différence des produits et charges exceptionnels), la « participation des salariés », les dividendes ou pertes des sociétés dont l'entreprise détient des parts minoritaires et les plus-values ou les moins-values des cessions.

Autant donc notre indicateur PM (écart de la valeur ajoutée au point mort) donne le profit « natif », réalisé sur ce qui a été vendu de ce qui a été produit par la seule entreprise avec les moyens strictement indispensables (salaires et amortissements), autant le revenu net donne le bénéfice final que tire l’entreprise de toutes ses opérations industrielles, commerciales et financières, déduction faite de la quasi totalité de ses charges et prélèvements. Le premier exprime mieux le niveau d’efficacité productive et stratégique de l’entreprise, le second exprime plutôt son résultat conjoncturel. L’un renvoie aux fondamentaux, l’autre au pilotage à vue.

Pourquoi ne pas avoir pris d’autres indicateurs, qui ont la faveur actuelle des analystes et des entreprises, comme l’EBITDA ? L’EBITDA n’est rien d’autre que l’EBE sans les impôts, taxes et subventions liés à l’exploitation, mais avec les provisions !

Les définitions des agrégats utilisés dans les indicateurs choisis

De leur stabilité et précision dépendent la qualité et la comparabilités des résultats. Paradoxalement c’est la définition du chiffre d’affaires qui a posé et pose le plus de problème. Que devait-on mettre en effet dans le CA ? Depuis les années soixante a prévalu dans les comptes des entreprises le CA hors taxes (HT), impliquant d’exprimer les autres valeurs en HT également. Renault a publié son CA en TTC jusqu’en 1970. Le problème de la comparabilité avec les années HT est surmonté par le simple fait que nos indicateurs sont exprimés en pourcentage.

Quand les groupes industriels se sont développés, en filialisant certaines activités, en s’internationalisant et en rachetant tout ou partie d’autres sociétés, il est devenu nécessaire d’en publier les comptes « consolidés », c’est-à-dire des comptes intégrant les résultats et les agrégats comptables des sociétés du groupe au prorata de la participation de la maison-mère à leur capital et en éliminant les doubles comptes (les achats et ventes entre les sociétés du groupe). Renault a commencé à publier les comptes de son groupe à partir de 1973. Les seuils et les méthodes de consolidation réglementaires ou usuels ont varié, changeant le périmètre et le CA des groupes industriels. Une fois de plus, nos indicateurs exprimés en pourcentage rendent comparables les résultats, à ceci près que les différences de profitabilité des filiales peuvent affecter la profitabilité générale du groupe selon que ces filiales sont, par pure convention, intégrées ou non et de quelle façon elles le sont. Les règles de consolidation appliquées aujourd’hui par Renault sont les suivantes. Les comptes consolidés intègrent les comptes des sociétés contrôlées de manière exclusive, directement ou indirectement, par le Groupe (filiales). Les comptes des sociétés contrôlées conjointement (co-entreprises) sont consolidés par intégration proportionnelle. Les comptes des sociétés dans lesquelles le Groupe exerce une influence notable (entreprises associées) sont mis en équivalence. Les titres des sociétés qui, bien que répondant aux critères évoqués ci-dessus, ne sont pas consolidées, sont inscrits en autres actifs non courants.

Les « produits et les charges financières » ont toujours été distingués des « produits et charges d’exploitation ». Les produits financiers ne sont donc théoriquement pas inclus dans le CA de l’entreprise. Qu’en est-il cependant quand un groupe comprend, non seulement des sociétés industrielles et commerciales, mais aussi des sociétés financières, dont le CA est fait essentiellement de produits financiers? Jusqu’en 1990, deux CA du groupe ont été publiés : avec ou sans les filiales financières, seuls toutefois les comptes détaillés du Groupe sans filiales financières étaient donnés. En 1993, Renault a décidé, comme d’autres groupes, d’intégrer globalement au CA du groupe le CA de ses filiales financières. Cela a eu pour effet de le faire croître de 3% environ. Cette intégration totale a été accompagnée par une ventilation différente de ce qui avait été jusqu’alors les produits et charges financiers. La partie, la plus importante, correspondant au financement des ventes a été intégrée au CA, laissant dans les « produits et charges financiers » les placements purement financiers. Le financement des ventes recouvre le crédit (clients, concessionnaires, etc.), le prolongement de garantie, l’assurance du véhicule, etc. Il a été inclus dans le CA dans la mesure où il a été considéré comme associé à l’offre du produit lui-même. Il est vrai en outre que nombre d’entreprises affichent des prix « faciaux » très serrés pour attirer le client et récupèrent leur marge en vendant des services associés. En revanche, les activités et placements purement financiers, comme la spéculation sur titres, l’achat de devises se valorisant, etc. ou sans lien avec la raison sociale du groupe (le crédit immobilier par exemple, etc.) ont été maintenus ou sont retournés au poste « produits financiers », indépendant du CA.

Les achats ont été pendant longtemps bien identifiés par les postes : « achats » et « autres achats et charges externes ». Depuis 1991, ces informations ne sont plus fournies. On a été contraint de recourir aux « dépenses d’exploitation » pour les calculer. On les a obtenu en soustrayant aux dépenses d’exploitation les salaires et charges et la dotation aux amortissements. Ce dernier résultat est donc malheureusement moins « pur » que le premier, puisque les « dépenses d’exploitation » englobent, outre les « achats et autres charges », « les produits et fournitures stockés et immobilisés », les « reprises sur provisions d’exploitation », les « transferts de charge » et les « autres produits ».

Sources et modalités d’élaboration du tableau

La source unique est constituée par les comptes publiés par Renault dans ses Rapports annuels d’activité et autres « documents de référence » de 1945 à ce jour. Les documents des années 1997 à aujourd’hui sont numérisés et accessibles à http://www.renault.com. Depuis 2002, Renault ne publie plus les comptes de la maison mère Renault s.a.s. Ils peuvent être obtenus auprès d'Infogreffe.

Nature de l’information

Comme il a été dit plus haut, il s’agit des comptes publics, devant répondre à des normes légales, certifiés par des commissaires aux comptes normalement garant de leur exactitude et de leur transparence. Il n’est toutefois pas toujours simple de retrouver ou de reconstituer les mêmes grandeurs, les explications des changements n’étant parfois pas données là où on les attendrait.

Les données utilisées sont les données « publiées » l’année considérée, et non les données « pro-forma » recalculées généralement pour les deux années précédentes afin de tenir compte des changements de périmètre, des méthode de consolidation, des normes comptables, de définitions des agrégats ou de leur présentation

Périmètre

Le périmètre de Renault (maison mère) est celui successivement de la Régie Nationale des Usines Renault, de Renault SA et de Renault sas. Le périmètre du Groupe a évolué en fonction des filialisations, acquisitions et cessions successives, mais aussi en fonction des changements de méthode de consolidation.

Le périmètre du Groupe est celui des sociétés dont les comptes sont consolidés dans ceux du Groupe l'année considérée, selon les trois modalités de consolidation indiquées ci-dessus. Le périmètre de Renault s.a.s est celui de Renault en France.

Qualité de l’information

Les comptes publiés par Renault durant les dix années de l’après-guerre sont des plus sommaires : souvent deux doubles pages peu détaillées et sans commentaire. Après, les comptes publiés deviennent de plus en plus détaillés mais sur des aspects qui peuvent varier selon les périodes. Il n’est donc pas toujours possible de construire des séries statistiques complètes.

Comparabilité

Certains problèmes de comparabilité sont résolus par l’utilisation de pourcentage pour exprimer les indicateurs. D’autres non. En cliquant sur le coin rouge que l’on trouve dans certaines cellules du tableau statistique, on trouvera les définitions et surtout leurs changements opérés au fil des années. L’interprétation des données devra toujours en tenir compte.

Premiers commentaires

Depuis 1945, on peut distinguer trois grandes périodes, si l’on fait abstraction d’ "accidents" limités à une année et à la nouvelle période qui s'ouvre avec la crise d'octobre 2008. Renault commence à gagner de l'argent sur les véhicules qu'il vend à partir de 1948. Il restera hautement profitable jusqu'en 1973. Durant toutes ces années, il réinvestit massivement et emprunte, de telle sorte que son résultat net reste toujours proche de l’équilibre. De 1974 à 1986, Renault perd de l’argent sur sa production automobile. Il parvient dans un premier temps à l’équilibre grâce à ses filiales et à ses produits annexes, notamment financiers, puis devient lourdement déficitaire sous le poids de l’endettement. Depuis 1987, il est à nouveau profitable, particulièrement au niveau du groupe, avec toutefois une courte phase plus médiocre (1993-1996). Depuis 1999, le résultat net n’a cessé de progresser, grâce notamment à un endettement bas et aux revenus des participations de Renault. En revanche la marge opérationnelle n'a jamais atteint l'objectif des 6% du chiffre d'affaires ambitionné par Carlos Ghosn. 2008, tous les indicateurs plongent. Ils avoisinent 0 en plus ou moins. Des mesures d'urgence ont été prises pour réduire l'impact de la crise. 2010 est l'année du retour aux bénéfices, grâce notamment aux marchés émergents. 2011 affiche des résultats voisins, grâce en premier lieu à la gamme Logan et deuxièment à la gamme Mégane, particulièrement la Scénic. 2012 et 2013 sont des années moins brillantes, tout en restant positives pour Renault. Le rebond de la crise, selon le schéma du double deep ou W, les dettes des banques se transformant en dettes souveraines, a fait plonger les ventes en Europe occidentale et particulièrement dans l'Europe latine (Portugal, Espagne, France, Italie) dont sont très dépendants les constructeurs français. La croissance des ventes hors UE a compensé les baisses dans l'UE et a permis de conserver des résultas positifs bien qu'amoindris.

On peut repérer trois "accidents". Celui de 1961 s'explique par l'effondrement des ventes de la Dauphine aux États-Unis, faisant suite à un emballement suspect. L'activité automobile reste toutefois profitable, limitant les pertes financières. En 1971, se cumulent une contraction générale de la demande et des grèves longues et dures. C'est pourquoi tous les indicateurs sont négatifs. Dernier accident, 1996. Il intervient après trois années positives mais médiocres. De 1993 à 1996, tous les coûts de production augmentent sensiblement, alors que les ventes stagnent et que les constructeurs se livrent à une guerre des prix. Renault prend des mesures de réduction des coûts. Il en accentue le caractère d'urgence en dramatisant le déficit de 1996 pour justifier des décisions lourdes, comme la fermeture de Vilvorde en 1997. Cette année-là sera en fait une des années les plus brillantes de Renault grâce au succès du monospace Scenic et à la reprise du marché.

Les résultats du Groupe atténuent en règle générale ceux de Renault maison mère, qu'ils soient en positif ou en négatif. Les filiales, étrangères notamment, semblent jouer un rôle contracyclique.

Comme nous le souhaitions, l'indicateur créé (écart de la valeur ajoutée au point mort, rapporté au point mort) se révèle être nettement plus sensible aux variations de la profitabilité des activités de l'entreprise que les autres indicateurs.

Mots-clés

Automobile, Renault, profitabilité, point mort, résultat brut, résultat net, marge opérationnelle, excédent brut d’exploitation

Disciplines concernées

Économie, Gestion, Histoire, Science du politique, Sociologie, Statistique

Voir aussi

Freyssenet M, Renault : Production mondiale et française, effectifs, chiffre d’affaires, résultat net, investissement. 1945-2015. Un tableau. Document d'enquête. Édition numérique, freyssenet.com, 2007, 195 Ko. ISSN I776-0941.

Sites des sources

http://www.renault.com

Date de mise en ligne du document

2007.10.05

Dates des mises à jour

2008.04.21, 2009.07.20, 2010.02.13, 2011.02.10, 2012.01.28, 2012.02.17, 2012.05.12, 2013.02.14, 2013.10.16, 2014.02.13, 2015.02.12, 2015.07.08

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