Les transformations du travail en groupe chez Renault, 1970-1994

Référence du texte

Freyssenet M., “Les transformations du travail en groupe chez Renault”, in Durand, J.P., Castillo, J.J. et Stewart, P. (dir.), L’avenir du travail à la chaîne. Une comparaison internationale dans l’industrie automobile, Paris, La Découverte, 1998, pp 185-197. Édition numérique, freyssenet.com, 2007, 200 Ko, ISSN 7116-0941.

Ce texte est téléchargeable en allant à la fin de cette page, qui elle-même est imprimable.

Il reprend une partie de textes précédents : ✔ Freyssenet M., Le travail en groupe en France. Le cas Renault, communication au colloque franco-allemand « La production ‘au plus juste’ dans les entreprises allemandes et françaises. Imitation du modèle japonais ou voie spécifique? », Philipps-Universität, Marburg, 12-13 Octobre 1994, 15 p. Édition numérique : freyssenet.com, 2007, 250 Ko, ISSN 7116-0941. ✔ Freyssenet M., The Origins of Team Work at Renault, in Sandberg Å. (ed.), Enriching Production, Avebury, Aldershot, UK, 1995, pp. 293-305. Digital publication, freyssenet.com, 2007, 200 Ko, ISSN 7116-0941.

Résumé

Le travail en groupe chez Renault est doublement différent: d’une part par rapport à sa définition officielle, d’autre part par rapport à ses références successives, Volvo et Toyota. Il l’est d’abord à cause de son histoire. Loin d’être une forme d’organisation du travail empruntée aux “Japonais” à la fin des années quatre-vingt, il est apparu au début des années soixante-dix dans les secteurs manuels comme un des moyens pour surmonter la crise du travail que connaissait alors Renault, comme les autres constructeurs automobiles européens. Remettant en cause les principes d’additivité et de fluidité dans sa forme la plus avancée, à savoir la production en module d’un sous-ensemble complet, il a été contesté par les services des Méthodes, qui ont obtenu qu’il ne soit pas généralisé dans les secteurs manuels. En revanche, il a pu être introduit et accepté dans les ateliers automatisés créés à la fin des années soixante-dix. Mais pour cela, il a été adapté dans son contenu et ses objectifs. Au lieu de casser les principes d’additivité et de fluidité matérialisés maintenant dans l’architecture et le fonctionnement des installations automatisées, il a eu essentiellement pour fonction et réalité, dans la formule qui s’est imposée, de faire assurer par un petit groupe d’ouvriers les parties de tâches non réalisées par les automatismes et de le faire intervenir rapidement en cas d’incidents pour relancer la production, laissant aux ouvriers et techniciens d’entretien le dépannage approfondi à faire en dehors des temps de production. Ce type de travail en groupe a permis de créer des postes de professionnels de fabrication, ouvrant des possibilités de carrière aux ouvriers non qualifiés, sans exiger d’eux un diplôme technique.

À la suite de la crise financière de 1984, les impératifs de réduction de d’effectifs et d’implication accrue des salariés dans l’amélioration des performances ont redonné de l’intérêt au travail en groupe dans les secteurs manuels. Mais cette fois-ci, loin d’avoir pour objectif de “casser la chaîne” pour obtenir qualité, flexibilité, productivité et satisfaction au travail comme dans les expériences du début des années soixante-dix, le travail en groupe a eu pour fonction d’obtenir avec la chaîne qualité, polyvalence et productivité, en contrepartie de la possibilité de devenir “professionnel de fabrication”. Cette internalisation dans les groupes des fonctions de contrôle, de remplacement, de nettoyage etc. a permis de réduire considérablement les postes de contrôleurs, de régleurs, de retoucheurs et de contremaîtres. Dans la première moitié des années quatre-vingt-dix, le travail en groupe a été généralisé à tous les ateliers et services, sous la forme d’Unité Élémentaire de Travail .

La définition qui en a été donnée n’est toutefois pas entrée dans les faits dans tous ses aspects. C’est ainsi que le redécoupage du processus productif qui aurait permis d’attribuer à chaque UET un produit complet et à celle-ci d’en être véritablement responsable n’a pas été systématiquement mené. De même la participation des membres des UET à la recherche et à l’élimination des causes des pertes de temps et de matière n’a pu se généraliser comme chez Toyota en l’absence de garantie d’emploi et dans un contexte de réduction continue des effectifs. On est donc loin d’une convergence de Renault vers un forme de travail en groupe, dont Toyota serait l’étalon.

Plan

1. Le travail en groupe pour faire face à la “crise du travail” des années soixante-dix
2. La réapparition du travail en groupe dans les ateliers automatisés, 1979-1984
3. La légitimation, la diffusion et l’homogénéisation des formes de travail en groupe à partir de la deuxième moitié des années quatre-vingt
4. La création et la généralisation des Unités Elémentaires de Travail, 1991-1994
Conclusion

Mots-clés

Automobile, industrie automobile, crise du travail, travail en groupe, travail en module, unité élémentaire de travail, automatisation, Renault, Volvo, Toyota, chef d’unité

Disciplines concernées

Économie, Ergonomie, Gestion, Histoire, Histoire des Sciences et des Techniques, Sciences cognitives, Science de l’ingénieur, Sociologie, Statistique

Contexte d’écriture

Contribution
à l’évolution du questionnement personnel
à la production scientifique du réseau ou du laboratoire d’appartenance
au débat scientifique national et international
à la diffusion des résultats de la recherche
à la valorisation des résultats de la recherche

Références, commentaires, notes critiques

en cours de recension

compte-rendu
note critique
notice bibliographique

commentaire
- Lojkine J, Malétras, J-L, La guerre du temps: le travail en quête de mesure
L’Harmattan, Paris, 2002, 240 p
http://books.google.fr/books?hl=fr&lr=&id=aSB2FSDamigC&oi=fnd&pg=PA5&dq

quelques citations

Pertinence actuelle

Voir aussi

✔ Freyssenet M., “La production réflexive, une alternative à la production de masse et à la production au plus juste?”, Sociologie du Travail, n°3/1995, pp 365-388. Édition numérique, freyssenet.com, 2007, 320 ko, ISSN 1776-0941. Version modifiée et augmentée en anglais : Freyssenet M., “Reflective production: an alternative to mass-production and lean production?”, Economic and Industrial Democracy, vol. 19, n°1, february 1998, pp 91-117. Digital publication, freyssenet.com , 2006, 280 Ko, ISSN 7116-0941.

✔ Freyssenet M., avec la collaboration de Beaujeu F., Charron E., “L’automatisation du montage automobile. Conceptions technique, organisationnelle, gestionnaire et sociale. Divergences et conditions de mise en cohérence” , CSU, Paris, 1994, 132 p. Édition numérique, freyssenet.com, 2006, 5,8 Mo.

Sites possibles d’achat ou de commande en ligne de la publication papier

http://www.editionsladecouverte.fr
http://www3.fnac.com
http://www.livres-chapitre.com
http://www.amazon.fr

Date de la mise en ligne du texte

2007.01. 21

Dates des mises à jour

2011.04.09

Fichier attachéTaille
Les transformations du travail en groupe chez Renault.pdf205.45 Ko