L’automatisation et ses formes sociales

Référence du texte

Freyssenet M., L'automatisation et ses formes sociales, communication au Congrès de l'Association pour le Développement de la Socio-Économie, HEC, Paris, 15-16 Juillet 1994, 12 p. Édition numérique, freyssenet.com, 2007, 200 Ko.

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Résumé

Peu à peu, les entreprises prennent conscience que la formation du personnel et la mise en place d’organisations nouvelles du travail ne permettent pas seules de parvenir à une maîtrise effective de la production automatisée. La conception même de l’automatisation apparaît en jeu, à travers les mises au point et les montées en cadence toujours longues et difficiles, les taux de disponibilité des machines et des lignes automatisées inférieurs à ceux visés, la qualité qui plafonne après une période de progression, à travers enfin la désillusion de nombre de salariés quant à l’intérêt du travail et aux possibilités qu’il offre d’acquérir une compétence professionnelle réelle.

La construction d’un "compromis social" garantissant un "engagement" suffisant du per¬sonnel passe vraisemblablement aujourd’hui (niveau scolaire, urbanisation, valeurs col¬lectives, rapports sociaux) par la possibilité pour celui-ci d’accomplir une activité quali¬fiée et qualifiante, responsable, satisfaisante et reconnue. Or, une activité qualifiée est une activité qui exige d’appréhender les problèmes à résoudre dans leur ensemble, d’en élaborer les solutions, de les réaliser et d’en porter la responsabilité. Elle suppose connaissances, expérience, autorité et possibilités matérielles. Un conducteur ne peut être motivé et considéré comme qualifié s’il n’est que le complément d’un système automa¬tisé, sans en avoir la maîtrise pratique et la responsabilité réelle.

Construire de vrais métiers et de vraies responsabilités pour une authentique reconnais¬sance sociale de ceux qui les accomplissent, créer un système du travail durablement qualifiant et valorisant, c’est donner une orientation totalement nouvelle à la conception de l’automatisation. Ce n’est plus placer la perfection technique dans le "tout est prévu" (illusoire), mais c’est rechercher la perfection dans un système socio-technique capable de faire face et de s’adapter à tout ce qui advient, grâce à des automatismes qui soient des aides au déploiement de l’intelligence humaine et non un substitut à celle-ci, qui permettent à l’opérateur d’affiner, de compléter sa perception, d’aller au-delà de ce qu’elle peut appréhender et de ce que peut calculer son intelligence, de préciser son diagnostic et de décupler son action, grâce donc à des automatismes dont il reste maître et seul juge de la pertinence à un moment donné.

Donner pour fonction aux équipes de conduite et de dépannage celle d’une part de pro¬duire de la qualité par la production des conditions de cette qualité (réglages adaptés, anticipation d’incidents, etc.) et de fiabiliser les installations qu’elles ont en charge se heurte et se heurtera à une résistance logique de la part des agents de fabrication et de maintenance. Cette fonction aboutit en effet inévitablement à la réduction de l’emploi en général, et à la disparition des emplois des intéressés en particulier, à tout le moins à un reclassement probablement peu intéressant pour le plus grand nombre si une gestion nouvelle du personnel ne se met pas en place. La participation à la fiabilisation n’est pensable que si les compétences nouvelles créées ainsi sont à l’origine de nouvelles activités et de nouveaux emplois. L’entreprise devrait donc pour l’obtenir penser son avenir, non seulement en fonction de ses marchés, mais aussi en fonction de l’évolution des compétences de ses salariés

Plan

Introduction

1. La forme sociale d’automatisation toujours dominante
1.1. Présupposés, culture et représentations
1.2. Les caractéristiques techniques de la forme sociale actuellement dominante d’automatisation et les obstacles qu’elles créent à une inversion réelle de la division de l’intelligence du travail
1.3. Les contre-performances de l’automatisation actuelle donnent les moyens de penser une autre forme sociale d’automatisation

2. Une automatisation qualifiante
2.1. Une autre représentation de la production et du rapport salarial. Un objectif d’inversion réelle de la division du travail
2.2. Les spécifications techniques des installations automatisées qui en découleraient

Conclusion

Mots-clés

Travail, division du travail, organisation du travail, qualification, compétence, savoir-faire, emploi, automatisation, ingénieur de conception, ouvriers de maintenance, fiabilisation, diagnostic de pannes.

Disciplines concernées

Anthropologie, Économie, Ergonomie, Gestion, Histoire, Histoire des Sciences et des Techniques, Sciences cognitives, Science de l’ingénieur, Sociologie.

Contexte d’écriture

Contribution
à l’évolution du questionnement personnel
à la production scientifique du réseau ou du laboratoire d’appartenance
au débat scientifique national et international
à la diffusion des résultats de la recherche
à la valorisation des résultats de la recherche

Références, commentaires, notes critiques

Pertinence actuelle

Voir aussi

Date de la mise en ligne de l’article

2007.01.23

Date des mise à jour

2007.01.23

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