Conception des équipements et travail de maintenance

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Référence du texte

Charron E., Freyssenet M., Imbert F., Conception des équipements et travail de maintenance, Cahier de Recherche du GIP Mutations Industrielles, n°30, mai 1989, 72 p. Édition numérique : freyssenet.com, 2006, 2,6 Mo.

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Résumé

Le travail de maintenance du matériel roulant du réseau ferré de la RATP a connu des changements profonds de contenu et d’organisation. En explicitant, à partir d’entretiens auprès de 95 agents, les différentes représentations que ces derniers se font de ces changements, les auteurs montrent les limites de la politique suivie en matière d’enrichissement du travail de maintenance, en raison de la contradiction existant entre cette politique et les principes de conception des matériels d’une part, et les règles de gestion du personnel d’autre part.

Les ouvriers d’entretien ont constitué durant toute la période de la production mécanisée (encore dominante aujourd’hui), la fraction qualifiée et professionnalisée de la main-d’oeuvre ouvrière. Affectés au dépannage, à l’entretien et à la révision des machines, des équipements industriels et des moyens de transport, en fonction de leur spécialité : électricité, mécanique, ajustage, chaudronnerie, soudure, etc., ils ont connu pendant plusieurs décennies une relative stabilité dans le contenu et l’organisation de leur travail, dans leurs conditions de formation, de recrutement, d’emploi et d’avancement. Mémoire technique réelle de leur entreprise, à l’écart des enjeux et des conflits de la production dépendante, au stade mécanisé, du rythme de travail des opérateurs, ils ont tout à la fois bénéficié d’une réelle autonomie d’appréciation et d’organisation du travail qu’ils avaient à faire, obtenu une évolution de carrière essentiellement fondée sur des critères de capacité professionnelle, et fait admettre une norme de travail relevant plus des règles de l’art dans leur spécialité que d’impératifs de rapidité.

Plus fréquemment d’origine ouvrière ou artisanale que les ouvrières et ouvriers de fabrication, dépositaires de traditions professionnelles et syndicales, ils ont joué un rôle important dans l’histoire du mouvement ouvrier, en France, au cours de ces cinquante dernières années, inspirant nombre de ses orientations et lui imprimant un style au-delà des clivages et des divisions qui l’ont traversé.

Et pourtant, les ouvriers d’entretien ont été peu étudiés en tant que tels, aussi bien par les historiens que par les sociologues. L’attention des uns et des autres s’est en effet portée préférentiellement sur l’évolution du travail de fabrication, effectivement soumis aux transformations techniques, organisationnelles et sociales les plus spectaculaires et à l’origine des conflits les plus marquants depuis l’après-guerre.

La catégorie des ouvriers d’entretien pourrait cependant commencer à faire parler d’elle, à l’instar des agents des ateliers d’entretien de la RATP, en novembre et décembre 1988. La conception actuellement dominante des matériels roulants, tout comme celle de l’automatisation de la production affecte en effet le contenu professionnel de leur travail et la mise en place des nouveaux équipements s’accompagnant de la remise en cause des frontières entre la maintenance et la fabrication, brouillant leurs perspectives d’avenir antérieurement bien balisées. Plus profondément, avec l’automatisation, dans sa forme sociale actuelle, la production dépend dorénavant, en volume, en délais et en qualité, de la rapidité et de l’efficacité de leurs interventions de dépannage, de l’intelligence et de la rigueur de leurs opérations d’entretien et de la pertinence de leur traitement des causes d’incidents et d’avaries. Devenu la condition de la maîtrise quotidienne de la production, leur travail fait maintenant l’objet d’analyses, de calculs, de formalisations et de "matérialisation" de l’intelligence qu’il requiert sous forme de système d’aide au diagnostic, valise-test, banc-tests et systèmes experts, affectant le niveau de qualification qui leur était nécessaire d’avoir pour l’effectuer.

Effectuée en 1985, celle-ci a porté précisément sur le travail et les ouvriers d’entretien du matériel roulant du réseau ferré de la RATP (métro et RER), ceux-là mêmes qui ont été à l’origine du blocage des trains en novembre-décembre 1988. Les agents de maintenance des matériels roulants se retrouvent, tout comme les agents de maintenance des lignes automatisées pour la fabrication, à être de plus en plus les véritables "producteurs" du transport, en raison du type de conception des matériels modernes, du pilotage automatique et de l’électronisation des trains. La disponibilité des rames en effet dépend plus maintenant de leur travail que de la compétence des conducteurs.

Plan

PRÉAMBULE : LE TRAVAIL ET LES AGENTS DE MAINTENANCE AU COEUR DE L’ENJEU DE LA PRODUCTION AUTOMATISÉE

INTRODUCTION
. Les objectifs de la recherche
. L’organisation et le personnel de la maintenance
. La préparation et le déroulement de l’enquête

1. LA CONCEPTION DES MATÉRIELS ROULANTS ET LE CONTENU DU TRAVAIL DE MAINTENANCE
1.1. Le "Sprague": simple de conception, complexe de maintenance
1.2. La rupture professionnelle avec le MF 67 : modularisation du matériel, et systématisation de l’échange standard
1.3. L’électronisation des trains: MF 77, MI 79, MI 84

2. LE TRAVAIL ET LA COMPÉTENCE REQUISE DES MÉCANICIENS D’ENTRETIEN
2.1. Les contremaîtres sont divisés sur la vision qu’on peut avoir et le bilan que l’on peut tirer du travail des M.E.
2.2. Des techniciens critiques quant au travail et à la formation des M.E.
2.3. À l’exception des monteurs-visiteurs, les ouvriers qualifiés, non M.E. d’origine, parlent de déqualification et de dévalorisation
2.4. Les "M.E. d’origine": de l’espoir de technicité à la déception professionnelle et au conflit

3. LA REVALORISATION ET LA REQUALIFICATION DES OS/OP DE NETTOYAGE SE FERONT-ELLES PAR LA SIMPLIFICATION DE L’ACTIVITÉ DE MAINTENANCE?

4. LES UNITÉS DE PRODUCTION ÉLEMENTAIRES (les U.P.E.) : PORTÉE ET LIMITES DE "L’ENRICHISSEMENT DU TRAVAIL"
4.1. Le nombre, les types et l’implantation des UPE au moment de l’enquête
4.2. Un atelier sans UPE
4.3. Les UPE "animées"
4.4. Les UPE "hiérarchisées"
4.5. Les trois types mineurs d’UPE

5. LES ATTENTES ET LES SOLUTIONS ENVISAGÉES EN MATIÈRE DE CONTENU DU TRAVAIL

6. LES ÉVOLUTIONS POSSIBLES DU TRAVAIL DE MAINTENANCE
6.1. La tendance vers une division accrue du travail, sous couvert de requalification des OS/OP
6.2. La politique d’enrichissement du travail par sa réorganisation, et les limites de cette politique
6.3. La mise en harmonie des principes de conception du matériel et de son entretien, avec les objectifs de responsabilisation et de qualification des agents de maintenance

CONCLUSION. La conception des matériels, clef de l’évolution du travail de maintenance.

Annexes

. Répartition des ouvriers qualifiés par professions dans chaque type d’atelier (PR, GR, centralisés) au 31.03.85.
. Nombre d’entretiens par ateliers et par catégories d’agents.
. Répartition des AUPE et des ME ayant participé à l’enquête selon leur origine professionnelle.
. Répartition des "spécialistes" interviewés par profession.
. UPE existantes ou en projet au moment de l’enquête.
. Dénombrement exhaustif des UPE par atelier de maintenance du réseau ferré au 22.04.88.
. Déroulement de carrière Filière D des agents qualifiés au 22.05.85.
. Déroulement de carrière Filière D des agents non qualifiés au 22.05.85.
. L’organigramme de la Direction du réseau ferré en mai 1984.

Bibliographie des auteurs

Mots-clés

Transport, RATP, trains, rames du métro, ouvriers d’entretien, travail de maintenance, contremaîtres, mécaniciens, électriciens, unités de production élémentaire, animateur ouvrier, déqualification, requalification, division intellectuelle du travail, classification, qualification, compétence

Disciplines concernées

Anthropologie, Économie, Ergonomie, Gestion, Histoire, Histoire des Sciences et des Techniques, Sciences cognitives, Science de l’ingénieur, Sociologie.

Contexte d’écriture

Contribution
à l’évolution du questionnement personnel
à la production scientifique du réseau ou du laboratoire d’appartenance
au débat scientifique national et international
à la diffusion des résultats de la recherche
à la valorisation des résultats de la recherche

Références, commentaires, notes critiques

en cours de recension

compte-rendu
note critique
note bibliographique
commentaire
citation
référence bibliographique

Pertinence actuelle

Voir aussi

Freyssenet M., Systèmes experts et division du travail, Technologie, Idéologie, Pratiques, 1992, volume X, n° 2-4, pp 105-118. Édition numérique, freyssenet.com, 2007, 230 Ko.

Freyssenet M., Concevoir un système-expert de diagnostic de pannes, utile et non substitutif à des ouvriers qualifiés, intervention à la Table ronde « Comment concevoir un outil informatique d’aide à des utilisateurs? », Colloque interdisciplinaire et international « Sciences sociales et Intelligence artificielle », Aix-en-Provence, 8,9,10 avril 1992. Édition numérique : freyssenet.com, 2007, 48 Ko.

Charron E., Freysssenet M., Les outils-tests et la conception des nouveaux matériels roulants (Réseau ferré de la RATP), GIP « Mutations Industrielles ». Édition numérique : freyssenet.com, 2007, 400 Ko.

Freyssenet M., Les techniques productives sont-elles prescriptives ?, Actes des Quatrièmes Journées de Sociologie du travail, "La sociologie du travail et la codification du social", 16-18 Mai 1990, Toulouse. Édition numérique, freyssenet.com, 2007, 280 Ko.

Freyssenet M., Les techniques productives sont-elles prescriptives ? L’exemple des systèmes experts, Cahiers de recherche du GIP « Mutations Industrielles », n° 45, mai 1990, 39 p. Édition numérique, freyssenet.com, 2007, 280 Ko.

Blanc M., Charron E., Freyssenet M., “Les systèmes experts: expérimentations et réflexions”, Paris, GIP Mutations Industrielles, 1988, 85 p.

Blanc M., Charron E., Freyssenet M.,Le « développement » des systèmes-experts en entreprise, Cahiers de recherche du GIP « Mutations Industrielles », n° 35, novembre 1989, 84 p. Édition numérique, freyssenet.com, 2007, 1,4 Mo.

Charron E., Freyssenet M., Imbert F., L’évolution du système de classification des emplois d’exécution de l’entretien et des ateliers à la RATP, GIP Mutations Industrielles, Paris, 1990, 64 p. Édition numérique, freyssenet.com, 2006, 224 Ko.

Date de la mise en ligne de l’article

2007.01.02

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