Y a-t-il eu évolution du rapport salarial chez Renault (1945-1984) ?

Référence du texte

Freyssenet M., « Y a-t-il eu évolution du rapport salarial à la RNUR (1945-1984)? » in Freyssenet M. (dir.), « Pertinence et limites de la notion de rapport salarial dans le cas du secteur automobile? 1970-1984 », Paris, GERPISA, 1987, tome 1, pp 31-45. Édition numérique, freyssenet.com, 2006, 220 Ko.

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Résumé

L’année 1978 apparaît dans plusieurs domaines comme une année charnière. Pour la première fois, le pouvoir d’achat des salaires et appointements non seulement ne progresse plus, mais commence à régresser. La baisse de la durée hebdomadaire du travail, initiée en 1968, s’arrête. Le présentéisme, qui n’avait cessé de se réduire depuis le début des années 1960, augmente significativement et durablement. Enfin, la direction de l’entreprise semble reprendre en matière sociale l’initiative et se doter d’une stratégie. Y a-t-il rupture, après une longue phase qui aurait été caractérisée par un consensus de fait entre partenaires sociaux sur des règles du jeu, et par un schéma d’accumulation garantissant l’extension du pouvoir d’achat aux salariés et des bénéfices à l’entreprise ?

De l’examen de huit aspects du « rapport salarial » chez Renault, il ressort tout d’abord que le pouvoir d’achat des salaires a été, jusqu’à la date d’écriture du texte, maintenu, malgré la désindexation officielle des rémunérations par rapport au coût de la vie, grâce à deux « glissements hiérarchiques » qui a concerné l’ensemble du personnel ouvrier. Ces opérations réalisées, la direction est toutefois parvenue à ce que le salaire et la carrière soient dorénavant liés au degré de polyvalence du salarié. À partir de 1978, l’effectif est régulièrement réduit, que la production augmente ou baisse, soit par non-renouvellement d’une partie des départs, soit par extériorisation et filialisation de certaines activités. Si la productivité « physique » augmente en conséquence, paradoxalement la masse salariale aussi. La diminution du nombre de salariés est plus que compensée par les « glissements hiérarchiques » et l’augmentation sensible du nombre de cadres et de techniciens. Pour l’instant, le recours à de la main d’œuvre extérieure se limite à des travaux de maintenance très spécialisés et reste marginal. Les initiatives prises pour « enrichir » le travail n’ont pas diffusé dans l’entreprise. Par ailleurs, la réduction des effectifs ouvriers concerne essentiellement des postes de travail hors chaîne. Il en résulte que la proportion d’ouvriers travaillant à la chaîne ne cesse de croître. La constitution d’équipes de travail dans les ateliers automatisés prépare, sous couvert de requalification des opérateurs, la division du travail de maintenance, jusque-là épargnée. Après avoir baissé continûment pendant près de 10 ans, la durée du travail a été stabilisée depuis 1978. Le pourcentage d’ouvriers travaillant en 2x8 ou 3x8 progresse légèrement. Les transformations du rapport salarial n’ont pas pénalisé les travailleurs immigrés plus que les autres dans les usines où ils sont concentrés : Billancourt et Flins, tant en termes d’effectif que de promotion. En revanche, le système de classification fondé sur le nombre d’année de « pratique d’atelier » est plutôt défavorable aux ouvrières. En revanche, deux autres catégories subissent directement les effets des nouvelles orientations : les jeunes qui ne sont plus embauchés en même proportion qu’avant et les très nombreux handicapés du travail qui sont affectés aux tâches les plus parcellisées, en raison de la perception sociale de leur handicap.

Le rapport salarial est en cours de transformation chez Renault, mais il n’évoluera pas nécessairement dans le sens habituellement décrit.

Plan

1. La régression du pouvoir d’achat des salaires de base compensée par le changement de classification de la quasi-totalité des ouvriers et des ETAM
2. La progression rapide des frais de personnel et leur baisse relative dans le prix de revient-fabrication
3. Le découplage effectif/production et l’absence de « marché interne »
4. Les compressions d’effectifs sont-elles accentuées par l’ « extériorisation croissante » de la production et de la main-d’œuvre ?
4.1. Fournisseurs et sous-traitants
4. 2. Filialisation et création de petites unités spécialisées
4. 3. La main-d’oeuvre « extérieure »
5. Formes de salaires et pratiques de travail : le changement de sens des « glissements hiérarchiques »
6. L’évolution du contenu et de l’organisation du travail : ni l’importance, ni le sens qu’on lui donne
7. Durée du travail et types d’horaires : une journée de travail en moins par semaine, en dix ans d’évolution du temps de travail pour les ouvriers en « équipe »
8. Les travailleurs moins « protégés » font-ils les frais de la réduction des effectifs, des changements de règles de promotion et de la réorganisation du travail ?

Mots-clés

Automobile, industrie automobile, Renault, travail, division du travail, organisation du travail, contenu intellectuel du travail, conditions de travail, classification, qualification, luttes sociales, système de salaire, pouvoir d’achat des salaires, ouvriers, ouvrières, travailleurs immigrés, jeunes travailleurs, travailleurs handicapés, travailleurs temporaires, durée du travail, travail en 2X8 et 3x8, ateliers automatisés, enrichissement du travail, travail à la chaîne, réduction d’effectifs, masse salariale, externalisation,

Disciplines concernées

Économie, Ergonomie, Géographie, Gestion, Histoire, Science de l’ingénieur, Science du politique, Sociologie.

Contexte d’écriture

Contribution
à l’évolution du questionnement personnel
à la production scientifique du réseau ou du laboratoire d’appartenance
au débat scientifique national et international
à la diffusion des résultats de la recherche
à la valorisation des résultats de la recherche

Références, commentaires, notes critiques

Pertinence actuelle

Voir aussi

Sites possibles d’achat ou de commande en ligne de la publication papier

http://www.gerpisa.univ-evry.fr/

Date de la dernière mise à jour de la fiche de présentation

2006.12.19

Date de la mise en ligne de l’article

2006.12.19, Freyssenet M., « Y a-t-il eu évolution du rapport salarial à la RNUR (1945-1984)? » in Freyssenet M. (dir.), « Pertinence et limites de la notion de rapport salarial dans le cas du secteur automobile? 1970-1984 », Paris, GERPISA, 1987, tome 1, pp 31-45. Édition numérique, freyssenet.com, 2006, 220 Ko.

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