Genèse sociale de choix d’automatisation et d’organisation. Le cas de l’aiguillage dans les chemins de fer

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Référence du texte

Freyssenet M., Imbert F., Genèse sociale de choix d’automatisation et d’organisation. Le cas de l’aiguillage dans les chemins de fer, CSU, Paris, 1986, 186 p. Édition numérique : freyssenet.com, 2006, 4,6 Mo.

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Résumé

Les recherches menées antérieurement sur l’évolution du contenu intellectuel du travail étaient guidées par l’hypothèse selon laquelle le processus de conception des machines ou des installations consiste en la matérialisation d’une partie de l’intelligence requise pour effectuer un travail donné. Ce processus et son produit (les machines, les installations) sont conditionnés par le rapport salarial dans lequel ils se développent, et conditionnent de ce fait le contenu intellectuel du travail (d’exécution notamment), l’évolution de la composition de la main-d’oeuvre et les enjeux sociaux quotidiens dans le travail.

La présente recherche a eu pour but de reconstituer la genèse sociale de choix d’automatisation et d’organisation du travail d’aiguillage, de signalisation et de régulation pour tester, non pas la validité de l’hypothèse précédente, il faudra pour cela bien d’autres recherches encore, mais sa fécondité, c’est-à-dire sa capacité à donner sens à des données diverses et éclatées.

Elle fait suite à un précédent travail traitant déjà de l’aiguillage, dans lequel avait été montré que 1. les types successifs de poste d’aiguillage et de signalisation matérialisaient un nombre croissant d’opérations, qui antérieurement exigeaient de l’aiguilleur, outre un effort physique important, connaissance du réseau et des installations, réflexions et expérience, notamment pour former les « itinéraires » par combinaison de positions relatives des leviers, pour prendre les mesures de sécurité correspondantes et pour anticiper les incidents ; 2. la désintellectualisation des tâches d’exécution, par la centralisation du savoir au moment de la conception des mécanismes et des automatismes, était atténuée par la complexification des situations « dégradées » à traiter (en raison de l’intensification du trafic et de la centralisation des commandes, que permettent les nouvelles installations), et par le regroupement sur un même agent de fonctions autrefois théoriquement séparées (aiguillage, sécurité, circulation) ; 3. cette complexification, relative pour les agents, était à son tour réduite par des mesures organisatives ou techniques : création du poste de Chef de circulation de ligne reprenant une partie des fonctions « sécurité et circulation », mise au point de procédures écrites à appliquer passivement en cas de dérangement sous peine d’être considéré responsable d’une éventuelle aggravation de l’incident, spécialisation des voies, rationalisation du schéma, suppression des causes de perturbation, etc. ; 4. les agents réagissent, à toutes les étapes de l’évolution du système socio-technique de l’aiguillage, contre les restrictions successives de leur autonomie, en modifiant constamment dans les faits les limites qui leur sont imposées.

La conclusion tirée de ces constats est qu’il y avait eu historiquement dans les chemins de fer, et notamment dans l’aiguillage, comme dans bien d’autres secteurs d’activité, une tendance générale à la désintellectualisation du travail d’exécution par la concentration sur un nombre restreint de personnes de l’activité de conception des installations, malgré les mesures organisatives correctrices, qui ont pu être prises à telle ou telle époque ou endroit, et malgré les pratiques des agents reconquerrant une partie de l’autonomie qui leur avait été enlevée.

La question qui en découlait était : est-ce que cette incorporation de l’intelligence du travail pourrait socialement se faire autrement ? Vaste question qui, pour pouvoir commencer à être sérieusement étudié, nécessitait une définition d’objet de recherche plus restreint. Il fallait tout à la fois appréhender l’histoire sociale et technique du travail d’aiguillage dans son ensemble et en même temps analyser un cas précis d’automatisation.

Françoise Imbert a reconstitué l’évolution de l’organisation réglementaire du travail et du système de classification, des débats et des conflits auxquels a donné lieu cette évolution, en la mettant en parallèle avec l’évolution technique des postes d’aiguillage et du contenu du travail étudiée dans la précédente recherche. Elle a ainsi dressé un tableau de l’histoire du groupe professionnel des aiguilleurs et de son devenir, cadre indispensable à l’analyse sociologique menée par Michel Freyssenet, de la genèse et de la mise en service d’un Poste d’aiguillage de type PRS, doté d’un programmateur d’itinéraire et d’une commande informatique. Il s’est attaché dans cette analyse à identifier les choix, implicites ou explicites, qui ont été faits successivement lors de la conception, de la réalisation et de la mise en fonctionnement de l’installation.

Plan

INTRODUCTION. Une orientation de recherche : La genèse sociale des techniques productives

1ère Partie : RÉORGANISATION DU TRAVAIL D’AIGUILLAGE ET DEVENIR DES AIGUILLEURS

1. Les aiguilleurs du temps des Compagnies de chemins de fer
1.1. Naissance d’un métier
1.1.1. Les différents postes d’aiguillage
1.2. La création d’une filière et d’une carrière : les aiguilleurs dans le statut de 1920
1.2.1. La fonction « aiguillage » et les aiguilleurs
1.2.2. Classification des emplois et qualification des agents
1.2.3. Les aiguilleurs au moment de la création de la SNCF : carrières théoriques et carrières réelles

2. 1948-1968. La contradiction croissante entre l’organisation réglementaire du travail et le système de classification d’une part, l’évolution de la « division matérialisée » du travail d’autre part
2.1. Évolution de la fonction aiguillage et des aiguilleurs
2.1.1. 1945-1950. Les années de reconstruction
2.1.2. Les années cinquante. La modernisation intensive; une nouvelle génération de postes d’aiguillage : les PRS. Des effectifs en forte diminution
2.1.3. 1960-1968. Modernisation modérée des installations et effectifs en diminution moins rapide. Les tendances manifestées au cours de la période précédente s’affirment
2.2. La direction de la SNCF prend des mesures en vue d’introduire une gestion plus souple du personnel et de nouveaux modes de répartition des tâches, le tout à l’intérieur du système de classification et des règlements en vigueur
2.2.1. Des aménagements partiels au système de classification
2.2.1.1. Emplois à grade variable et grades jumelés
2.2.1.2. Le classement indiciel
2.2.1.3. La nomination d’agents de la filière mouvement dans les postes d’aiguillage
2.2.2. Extension de la commande directe des itinéraires, organisation traditionnelle des fonctions circulation et aiguillage, et système de classification
2.2.2.1. L’organisation du service circulation
2.2.1.2. Une classification des postes d’aiguillage obsolète
2.3. Les organisations syndicales et les aiguilleurs
2.3.1. Les aiguilleurs face à la modernisation. La revalorisation de la filière « signaux et aiguilles »
2.3.2. La préservation de la spécificité de la filière signaux-aiguilles conditionne le maintien de la filière et la possibilité d’un déroulement de carrière correct pour les aiguilleurs

3. 1968-1984. Le processus de disparition des aiguilleurs
3.1. 1968-1974. La réforme des classifications permet à la direction de la SNCF d’entreprendre une profonde transformation des catégories professionnelles et de les adapter aux nouvelles données techniques et organisationnelles
3.1.1. Le système de rémunération fixe : les éléments de la rémunération et le déroulement de carrière des différentes catégories de cheminots
3.1.2. Le nouveau dictionnaire des emplois remet en cause les métiers traditionnels de l’Exploitation
3.1.2.1. La réorganisation de la fonction transport et la redistribution des opérations entre les agents
3.1.2.2. Le reclassement des aiguilleurs
3.1.2.3. Le reclassement des postes d’aiguillage
3.1.2.4. Évolution des postes d’aiguillage et des effectifs d’aiguilleurs de 1968 à 1974
3.2. 1974-1977 : La publication du nouveau règlement de sécurité et la création de la spécialité limitative « circulation-aiguille » comme « solution sociale au problème des aiguilleurs »
3.2.1. La réorganisation du travail de circulation dans les gares
3.2.1.1. Bref rappel historique
3.1.1.2. La réorganisation du service de la circulation
3.2.2. La création de la spécialité limitative « circulation-aiguille », solution sociale au problème des aiguilleurs
3.3. 1974-1984. La fin des aiguilleurs; la gestion d’un groupe en voie d’extinction. Évolution comparée de deux groupes professionnels : les aiguilleurs et les agents circulation-aiguille
3.3.1. Chute des effectifs, revalorisation des qualifications et vieillissement des personnels caractérisent l’évolution des aiguilleurs et des agents circulation-aiguille
3.3.2. Situation comparée des aiguilleurs et agents circulation-aiguille au 31 octobre 1983
3.3.3. Mobilités interne et externe des aiguilleurs et agents circulation-aiguille. Les mouvements sur l’année 1982

Conclusion : La disparition des aiguilleurs, une évolution inéluctable ou un choix qui concrétise les options de la direction en matière de gestion

Annexes

2ème PARTIE : GENÈSE D’UN POSTE D’AIGUILLAGE PRS DOTÉ D’UN PROGRAMMATEUR D’ITINÉRAIRE. L’avenir du système socio-technique qu’il préfigure

Introduction

1. Les caractéristiques de la zone de Juvisy : un trafic croissant, de toute nature et de tout régime sur un réseau complexe de voies banalisées

2. Le choix d’un poste central de type PRS. Existait il des alternatives ?

3. L’impossibilité d’écouler le trafic de pointe, en commande PRS dans un poste central à 4 « tables »

4. Les conditions de possibilité de la commande automatique des itinéraires n’étaient pas réunies à Juvisy

5. Le découpage longitudinal de la zone d’action en quatre secteurs-circulation résulte-t-il de la volonté de mettre en oeuvre le nouveau règlement S 2A ou de réduire les échanges entre agents ?

6. Le choix du programmateur d’itinéraire et de la commande informatique. Les possibilités qu’ils offrent
6.1 Le pré-enregistrement de 6 à 10 circulations incompatibles
6.2 La simplification de la formation des chaînes d’itinéraires

7. La commande informatique est juxtaposée à la commande PRS. Elle ne la remplace pas, en toute situation

8. Le programmateur d’itinéraire a-t-il permis d’écrêter les pointes de trafic et de diminuer la charge de travail ? Pourquoi l’introduction de « coupeurs » ?

9. Le programmateur d’itinéraire rend-il possible la pleine application du règlement S 2A ? Quel est le contenu intellectuel du travail des agents lorsqu’ils l’utilisent ?

10. Le choix des agents entre commande informatique et commande PRS

11. La division organisationnelle du travail

12. Pourquoi les agents-circulation n’ont ils pas la même classification ?

13. Le règlement S 2A est il appliqué ? La fonction de chef-circulation en question

Conclusion : les logiques sociales à l’oeuvre dans la genèse du PRS étudié et l’avenir du système informatisé

CONCLUSION GÉNÉRALE

Mots-clés

Travail, division du travail, organisation du travail, conditions de travail, classification, qualification, compétence, savoir-faire, filière professionnelle, grade, indice, échelle, catégories professionnelles, reclassement, aiguilleurs, luttes sociales, CGT, CFTC, CFDT, rapport social, logique sociale, Transport, chemins de fer, SNCF, poste d’aiguillage, régulation, trafic ferroviaire, travail prescrit, travail réel, PRS, poste à relais à transit souple, programmateur d’itinéraire, suivi des trains, gare de Juvisy, TGV, règlement de sécurité S2A,

Disciplines concernées

Anthropologie, Économie, Ergonomie, Gestion, Histoire, Histoire des Sciences et des Techniques, Sciences cognitives, Science de l’ingénieur, Science du politique, Sociologie.

Contexte d’écriture

Contribution
à l’évolution du questionnement personnel
à la production scientifique du réseau ou du laboratoire d’appartenance
au débat scientifique national et international
à la diffusion des résultats de la recherche
à la valorisation des résultats de la recherche

Références, commentaires, notes critiques

Pertinence actuelle

Voir aussi

✔ Freyssenet M., Imbert F., “Travail et automatisation dans les chemins de fer”, Paris, CSU, 1982, 229 p. Édition numérique, freyssenet.com, 2006, 1,6 Mo.

✔ Freyssenet M., Imbert F., “Travail et automatisation dans les chemins de fer”, Paris, CSU, 1982, 229 p. Édition numérique, freyssenet.com, 2006, 1,6 Mo. (Work and automatization in the railways companies).

✔ Freyssenet M., “Division matérialisée et division organisationnelle du travail: le cas du travail d’aiguillage, de signalisation et de régulation dans les chemins de fer”, in Travailleurs des transports et changements technologiques, Paris, Imprimerie Nationale, 1983, pp 161-176. Édition numérique, freyssenet.com , 2006, Ko.

Sites possibles d’achat ou de commande en ligne de la publication papier

http://www.csu.cnrs.fr

Date de la dernière mise à jour de la fiche de présentation

2006.12.14

Date de la mise en ligne du texte

2006.12.14, Freyssenet M., Imbert F., Genèse sociale de choix d’automatisation et d’organisation. Le cas de l’aiguillage dans les chemins de fer, CSU, Paris, 1986, 186 p. Édition numérique : freyssenet.com, 2006, 4,6 Mo.

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