Travail et automatisation dans les chemins de fer. Les cas de l'aiguillage et de la réservation des places

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Référence

Freyssenet M., Imbert F., “Travail et automatisation dans les chemins de fer”, Paris, CSU, 1982, 229 p. Édition numérique, freyssenet.com, 2006, 1,6 Mo.

L'introduction, les chapitres 3, 4, 5, 6, 7 et la conclusion sont téléchargeables en allant à la fin de cette page.

Résumé

Depuis le début des années 70, le débat sur l'évolution du travail salarié dans nos sociétés a pris de l'ampleur. Plusieurs recherches ont remis en cause ce qui était dans la décennie précédente une certitude pour beaucoup, à savoir l'élévation de la qualification requise par le travail avec la modernisation des machines. Les implications sociales d'un tel débat étant évidentes, la polémique a souvent supplanté l'analyse. Certains ont vu la solution au "malaise des OS" dans l'automatisation. Elle permet effectivement de faire disparaître certains postes de travail répétitif. Mais elle génère d'autres problèmes ou accentue des problèmes existant précédemment, notamment le problème de l'activité réflexive réellement nécessaire.

Autant, semble-t-il, un accord s'est dégagé parmi les chercheurs pour rejeter l'idée commune de la neutralité sociale des techniques productives, de la technique comme variable exogène, autant le débat reste ouvert sur les types de division du travail à l'oeuvre dans les transformations techniques et organisationnelles, et par conséquent sur l'évolution des qualifications réellement requises des travailleurs pour occuper les postes de travail tels qu'ils se recomposent notamment avec le passage à l'automatisation. La qualification réellement requise ne se confond ni avec la classification des travailleurs dans l'échelle de "qualification" de l'entreprise (qui est le résultat de l'histoire des rapports de force Direction syndicats et qui peut évoluer en sens inverse de la qualification réellement requise) ni avec la qualification supposée requise par le poste tel que peut le définir le dictionnaire ne tient pas compte des compétences qu'exigent les, situations réelles de travail), ni avec la qualification réelle des travailleurs (généralement supérieure à celle qu'ils doivent mettre en oeuvre).

La portée théorique et pratique de ce débat est importante. Pour un salarié, c'est à dire pour quelqu'un qui ne peut vivre qu'en vendant sa force de travail, l'importance de l'activité de réflexion qu'il doit déployer pour occuper son poste de travail délimite, toutes choses égales par ailleurs, l'autonomie qu'il peut acquérir dans l'organisation de son travail, le pouvoir qu'il peut exercer et le rapport de force qu'il peut établir, la valeur marchande de sa force de travail, l'intérêt du travail, la maîtrise de son itinéraire professionnel et, partant, de son avenir personnel. La restriction de cette activité et ses conséquences peuvent être à l'origine de graves perturbations de la production. Connaît on quel rapport au travail est en train de fixer pour des milliers de travailleurs les choix d'automatisation faits actuellement ? N'est on pas en train de liquider des savoir faire dont on aura à regretter la disparition ? La connaissance de l'évolution des qualifications réellement requises est donc indispensable pour comprendre l'évolution du rapport salarial et partant l'évolution des pratiques patronales et ouvrières, et pour apprécier la portée des choix faits actuellement.

Un malentendu sur la notion de division du travail doit être levé. Le critère de la division du travail n'est pas la plus ou moins grande séparation des tâches, mais la répartition sociale de l'intelligence nécessaire à l'exécution du travail. Les exemples abondent en effet, aussi bien d'ailleurs avec la mécanisation qu'avec l'automatisation, de regroupements de tâches ou même de substitution de tâches à d’autres n'ayant rien de comparable. À en rester à un niveau purement descriptif, on aboutit inévitablement à l'impossibilité de dégager un quelconque processus social. Il s'agit de mettre en évidence le contenu intellectuel du travail à effectuer aux différents postes formant le procès de travail, à chaque étape de l'évolution, que ces postes se "ressemblent" ou pas.

Si l'on admet cette perspective, il en découle une définition de la "qualification réellement requise" des travailleurs. Elle se définit par le temps de réflexion sur la pratique nécessaire pour acquérir et mettre en oeuvre les qualités réellement requises par le poste de travail. Ce temps ne correspond à aucun temps socialement déterminé permettant de le mesurer facilement. Il ne correspond ni au temps de formation scolaire, ni au temps de formation professionnelle, ni au temps d'apprentissage sur le tas. Il englobe le temps d'acquisition de dispositions non reconnues, socialement répandues, allant de soi, et pourtant essentielles.. Il recoupe en partie tous ces différents "temps". L'impossibilité de le mesurer rigoureusement n'a rien d'étonnant. Il en est ainsi de tous les concepts qui désignent toujours une réalité "traversant" les catégories empiriques. La qualification ne peut être définie que par le seul point commun existant entre les qualifications requises, toutes différentes par ailleurs par la gamme des qualités qu'elles supposent. Ces qualités, que ce soit l'habileté, la force physique, la rapidité, l'imagination, les connaissances, la distinction., exigent toutes réflexion pour être acquises et ensuite pour être utilisées de telle sorte que le but visé soit atteint.

Le présent rapport rend compte de la recherche que nous avons menée dans cette perspective sur deux cas concernant les chemins de fer : le travail d'aiguillage, de signalisation et de régulation, et le travail de réservation des places. Le choix de ces deux cas répond d'une part à l'objectif de traiter aussi bien un travail lié directement à l'exploitation du réseau qu'un travail de bureau, et d'autre part à l'exigence de pouvoir observer aujourd'hui des situations correspondants à des âges différents de l'évolution technique et de l'organisation du travail.

L'exposé des résultats est fait dans l'ordre que nous avons suivi dans la recherche elle même. Pour chaque cas étudié nous avons d'abord procédé à la reconstitution de l'histoire des techniques et de leur mise en œuvre. Celle ci fait l'objet du ou des premiers chapitres de chacune des deux parties du rapport. Recherche et rédaction sont l'oeuvre de Françoise IMBERT

Cette phase était une nécessité pour réaliser avec pertinence et profit l'enquête auprès des agents sur le contenu de leur travail et sur certaines conditions de travail liées à celui ci. L'enquête a été réalisée par Michel FREYSSENET ainsi que l'exposé des résultats qui font l'objet du ou des derniers chapitres de chaque partie, avec l'aide de Françoise IMBERT pour la rédaction du chapitre concernant les rythmes et les conditions de travail des agents de réservation.

Plan

Introduction : Le débat sur le contenu du travail

1ÈRE Partie Le cas du travail d’aiguillage, de signalisation et de régulation

1. Histoire des techniques d’aiguillage et de signalisation et de leurs mises en œuvre,
Françoise Imbert
1.1. La naissance des postes d'aiguillage
1.2. Les postes mécaniques à enclenchements et leviers individuels
1.3. L'électrification des postes mécaniques : les postes électriques à leviers individuels"
1.4. Les postes à leviers d'itinéraires
1.5. Les étapes vers le "Poste tout relais à transit souple" (le PRS)
1.6. Les PRS
1.7. Les étapes vers l'automatisation
1.8. L'aiguillage et la régulation sur la "Ligne à Grande Vitesse"
1.9. L'évolution particulière des postes de triage

2. La politique d’unification des postes d’aiguillage menées par la SNCF
Françoise Imbert
2.1. La définition de trois types de postes : 1945 1958
2.2. L'adoption du PRS et sa généralisation : 1958 1972
2.3. Vers une nouvelle diversification ?
2.4. La répartition des postes d'aiguillage selon les types existants actuellement en France.

Bibliographie

3. Analyse de l’évolution du contenu du travail d’aiguillage et de signalisation : méthode, typologie et résultats
Michel Freyssenet
3.1. L'intelligence à déployer pour assurer la direction des circulations ferroviaires. Méthode d'analyse de la division du travail
3.2. Le plan d'enquête les types de poste étudiés
3.3. Les variables introduisant de grandes différences de complexité entre postes de marne type
3.4. Analyse de l'évolution du contenu du travail de commande d'un passage
3.5. La commande de passages rapprochés et simultanés
3.6. L'insertion d'une circulation interne à la zone d'action dans l'Ordre de Succession des Trains (OST).
3.7. Les taches à effectuer en cas de dérangements
3.8. L'évolution du travail en situation "perturbée"

4. Synthèse : Division organisationnelle et division matérialisée du travail
Michel Freyssenet

4.1. Division du travail en situation normale, par la matérialisation croissante des opérations mentales nécessaires à la formation des itinéraires, grâce à la conception de mécanismes et d'automatismes par un nombre restreint de travailleurs
4.1.1. La commande manuelle par levier individuel
4.1.2. La commande manuelle par itinéraire
4.1.3. La commande automatique des itinéraires
4.2. Division du travail, en situation perturbée, grâce à des mesures organisationnelles concentrant sur certains agents les choix et les décisions
4.2.1. Dans les postes mécaniques.
4.2.2. Dans les PRS
4.2.3. Les obstacles à l'automatisation
4.3. Conclusion

2ème Partie. Le cas du travail de réservation des places

5. Histoire des techniques de réservation des places et de leur mise en œuvre dans les chemins de fer
Michel Freyssenet
5.1. Les origines de la réservation et le système des contingents
5.2. Le central location
5.2.1. Du système des contingents au central location. Les raisons d'un changement d'organisation
5.2.2. Des premiers essais en 1948 à la généralisation du système dans les années soixante
5.2.3. La nouvelle organisation
5.2.4. Les performances du nouveau système
5.3. La réservation électronique
5.3.1. Les raisons
5.3.2. Les différentes étapes de la réalisation du projet
5.3.3. La RESA, installations et fonctionnement
5.3.4. Les performances de la RESA

6. Évolution du contenu du travail de réservation des places des chemins de fer
Michel Freyssenet
6.1. Les phases successives pour effectuer une réservation. L'intelligence requise des prestations offertes
6.2. La réservation "manuelle" par le système des contingents
6.3. La réservation "manuelle" par le système du "centralocation"
6.4. La réservation "électronique"
6.5. Conclusion.

7. Évolution des rythmes et des conditions de travail
Michel Freyssenet avec la collaboration de Françoise Imbert
7.1. Les horaires et les rythmes de travail.
7.2. Les conditions de travail.

Conclusion : Une autre division du travail est-elle possible ?

Table des matières

Mots-clés

Transport ferré, chemins de fer, SNCF, travail d’aiguillage, de signalisation et de régulation dans les chemins de fer, aiguilleurs, travail de réservation des places dans les chemins de fer, travail, division du travail, organisation du travail, conditions de travail, automatisation, choix techniques, classification, qualification, compétence, savoir-faire, travail prescrit, travail réel, travail en situation normale, travail en situation perturbée, aléas, incidents, accidents

Disciplines concernées

Anthropologie, Économie, Ergonomie, Géographie, Gestion, Histoire, Histoire des Sciences et des Techniques, Psychologie, Sciences cognitives, Science de l’ingénieur, Sociologie.

Contexte d’écriture

Contribution
à l’évolution du questionnement personnel
à la production scientifique du réseau ou du laboratoire d’appartenance
au débat scientifique national et international
à la diffusion des résultats de la recherche
à la valorisation des résultats de la recherche

Références, commentaires, notes critiques

Pertinence actuelle

Voir aussi

✔ Freyssenet M., “Division matérialisée et division organisationnelle du travail: le cas du travail d’aiguillage, de signalisation et de régulation dans les chemins de fer”, in Ministère des Transports, Ministère de la Recherche et de l'Industrie, Ministère de la Mer, Travailleurs du transport et changements technologiques, Paris, Imprimerie Nationale, 1983, pp 161-176. Édition numérique, freyssenet.com, 2006, 200 Ko.

✔ Freyssenet M., “Division du travail, taylorisme et automatisation: confusions, différences et enjeux”, in M. de Montmollin, O. Pastré (dir.), Le Taylorisme, Paris, La Découverte, 1984, pp 321-333. Version écourtée de Freyssenet M., “Division du travail, taylorisme et automatisation. Confusions, différences et enjeux”, communication écrite présentée au colloque international sur le Taylorisme, 2- 4 mai 1983, CNRS, Paris, organisé par M. de Montmollin et O. Pastré (Paris XIII), 11 p. Édition numérique, freyssenet.com, 2006, 216 Ko.

✔ Freyssenet M., Imbert F., Genèse sociale de choix d’automatisation et d’organisation. Le cas de l’aiguillage dans les chemins de fer, CSU, Paris, 1986, 186 p. Édition numérique : freyssenet.com, 2006, 4,6 Mo.

Site possible d’achat ou de commande en ligne de la publication papier

http://www.csu.cnrs.fr

Date de la dernière mise à jour de la fiche de présentation

2006.06.25

Date de la mise en ligne du document

2006.06.25, Freyssenet M., Imbert F., “Travail et automatisation dans les chemins de fer”, Paris, CSU, 1982, 229 p. Édition numérique, freyssenet.com, 2006, 1,6 Mo.

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