Des machines auto-analysantes?

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Référence du texte

Freyssenet M., “Des machines auto-analysantes?”, Techniques & Culture, Paris, MSH, n°23-24, septembre 1995, pp 235-254. Édition numérique, freyssenet.com, 2006, 300 Ko.

Cet article est téléchargeable en allant à la fin de cette page.

Il a été traduit et publié español deux fois:
- Freyssenet M., “¿Maquinas autoanalizantes?”, Sociología del Trabajo, (PIETTE-CONICET, Buenos Aires), 1997, n°5, pp 1-22. Edición numérica, freyssenet.com, 2006, 300 Ko.
- Freyssenet M., “¿Maquinas autoanalizantes?” in Freyssenet M., Trabajo, Automatizacion y Modelos Productivos, Buenos Aires, Mexico : Lumen Humanitas, 2002, 128 pages. Edición numérica, freyssenet.com, 2015, 312 Ko, ISSN 7116-0941.

Résumé

En 1992, le cahier des charges des futures rames du métro parisien prévoyait de les doter d'un système informatique embarqué qui traite en permanence certaines données de fonctionnement. Ce système devait émettre automatiquement, en cas d'anomalie, un diagnostic indiquant le module à changer pour rétablir un fonctionnement normal. L'auteur, qui en a suivi la conception, s'est attaché à dégager les principes de maintenance qui ont inspiré les choix techniques faits. Il montre qu'ils sont en contradiction avec les objectifs généraux de l'entreprise visant à développer des organisations du travail qualifiantes et les compétences professionnelles des agents. Il a essayé de définir avec les agents et les services concernés les principes techniques et organisationnels qui seraient cohérents avec ces objectifs et les conditions sociales de leur application.

Les machines ne sont plus seulement dotées de système automatique de conduite permettant d’en réguler le fonctionnement. Elles sont de plus en plus équipées de dispositifs diagnostiquant en temps réel les incidents et les pannes et indiquant les opérations de dépannage à effectuer. On pourrait considérer cette évolution comme le développement logique de l’automatisation, qui après avoir pris en charge la fonction de commande des machines commencerait maintenant à investir leur entretien. Elle relève cependant, à l’analyse, d’une philosophie de la maintenance d’autant plus questionnable que sa mise en oeuvre conduit à une division accrue de l’intelligence du travail, en contradiction avec les orientations officiellement affichées aujourd’hui par nombre d’entreprises en matière de réorganisation du travail. Cette philosophie n’est pas en effet la seule possible et la seule pertinente, sous certaines conditions sociales.

La recherche, à l’origine de cet article, a consisté à suivre la phase d’élaboration du cahier des charges des futures rames du métro parisien. Il s’agissait pour nous d’analyser les principes et les présupposés économiques et sociaux de la conception technique des trains envisagée alors, et d’évaluer ainsi la cohérence de cette conception avec l’objectif de l’entreprise de promouvoir des organisations du travail qualifiantes et de développer les compétences professionnelles des agents. Devant le constat de divergence que nous avons pu faire, nous avons essayé de définir, avec les agents et les services concernés, les principes techniques et organisationnels qui satisferaient aux orientations officielles et les conditions sociales d’application de ces principes. Les résultats présentés ici correspondent donc à l’état du projet des futures rames du métro au moment de notre recherche, et non à ce que ces dernières et leur maintenance seront in fine, dans la mesure où elles sont susceptibles d’intégrer entre autres certaines de nos remarques.

L’évolution de la conception des trains du métro parisien n’avait affecté jusqu’à présent leur maintenance que dans son volume et son organisation. Elle touche aujourd’hui cette activité dans ce qui en a fait jusqu’à présent un travail qualifié: le diagnostic.

La fiabilisation croissante des matériels a réduit et continue à réduire la quantité de travail d’entretien nécessaire. La standardisation des pièces et l’échange standard ont par ailleurs rendu possible la distinction entre deux types d’entretien: l’entretien préventif systématique et conditionnel, et l’entretien curatif ou correctif. Le premier consiste à changer préventivement des pièces et des organes selon une périodicité établie à partir de l’analyse des fréquences d’avarie (préventif systématique) ou d’usure constatées (préventif conditionnel). Exécuté à partir de listes prescriptives d’opérations et n’exigeant pas d’ajustage ou d’adaptation en raison de l’interchangéabilité des pièces, l’entretien préventif a donné naissance à une nouvelle figure d’ouvrier d’entretien: le “mécanicien d’entretien”, ouvrier polyvalent possédant des notions de mécanique, de montage et d’électricité, capable donc d’effectuer des tâches pré-déterminées dans ces domaines, mais n’ayant pas les compétences cumulées des professionnels des trois disciplines. L’entretien curatif en revanche continue de requérir ces spécialités. Il consiste à diagnostiquer l’origine des défaillances, à partir de “signalements” établis par les conducteurs ayant constaté des anomalies, et d’y remédier. C’est ce type d’entretien qui est maintenant concerné par les dernières évolutions des matériels roulants.

Plan

1. Une forme sociale d’automatisation du diagnostic des pannes
2. Une organisation de la maintenance en cohérence avec les choix techniques faits
3. Les résultats attendus et inattendus du dépannage rapide et de la fiabilisation différée
4. La fiabilisation continue par les équipes de maintenance, amorce d’un autre processus et d’une autre forme sociale d’automatisation sous certaines conditions sociales

Mots-clés

Transport, RATP, métro, diagnostic de pannes, fiabilisation, entretien préventif, entretien curatif, électronisation, numérisation, systèmes-experts, maintenance, régulation du trafic ferroviaire, travail prescrit, travail réel, mécanicien d’entretien, interchangéabilité, heuristique, organisation du travail, choix techniques, automatisation, ouvrier de maintenance

Disciplines concernées

Anthropolgie, Économie, Ergonomie, Gestion, Histoire, Histoire des Sciences et des Techniques, Philosophie, Psychologie, Sciences cognitives, Science de l’ingénieur, Sociologie.

Contexte d’écriture

Contribution
à l’évolution du questionnement personnel
à la production scientifique du réseau ou du laboratoire d’appartenance
au débat scientifique national et international
à la diffusion des résultats de la recherche
à la valorisation des résultats de la recherche

Références, commentaires, notes critiques

Pertinence actuelle

Voir aussi

Site possible d’achat ou de commande en ligne de la publication papier

http://www.ivry.cnrs.fr/techniques_et_culture/

Date de la mise en ligne du texte

2006.06.08

Dates des mises à jour

2015.09.18

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