Division matérialisée et division organisationnelle du travail: le cas du travail d’aiguillage des trains

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Référence de l’article

Freyssenet M., “Division matérialisée et division organisationnelle du travail: le cas du travail d’aiguillage, de signalisation et de régulation dans les chemins de fer”, Ministère des Transports, Ministère de la Recherche et de l'Industrie, Ministère de la Mer, Travailleurs du transport et changements technologiques, Paris, Imprimerie Nationale, 1983, pp 161-176. Édition numérique, freyssenet.com, 2006, 200 Ko.

Ce texte est téléchargeable en allant à la fin de cette page.

Résumé

L’article est la synthèse d’une recherche réalisée avec Françoise Imbert, intitulée «Travail et automatisation dans les chemins de fer» (CSU, Paris, 1982, 229 p., multigr). Cette recherche a consisté en l'analyse de l'évolution de la division du travail d'aiguillage, de signalisation et de régulation à la SNCF depuis les postes mécaniques à leviers individuels jusqu'au poste de commande centralisé du TGV. Elle visait à traiter deux questions soulevées par des objection faites à la thèse de la « déqualification-surqualification » que j’avais développée une dizaine d’année plus tôt. Le travail d'opérateur-surveillant n'est pas aussi déqualifié qu'on veut bien le dire, faisaient remarquer certains chercheurs. Il ne consiste pas seulement, en effet, à appliquer des consignes, mais aussi à faire face aux multiples contraintes, aléas et variations imprévus qui surviennent en cours de service, et qui exigent de la part des opérateurs-surveillants l'élaboration de nombreux savoir-faire individuels et collectifs permettant à partir de différents indices, de déduire l'état futur du système, de prévoir les conséquences et d'absorber les variations afin de réduire la probabilité d'incidents.

L’article synthétise l’analyse du travail des aiguilleurs en situation normale et en situation perturbée dans dix types de poste d'aiguillage, correspondant à autant d'étapes dans l'évolution du travail de direction des trains. En conclusion on peut dire que les opérations mentales que les aiguilleurs devaient effectuer en situation normale pour former les itinéraires et assurer la sécurité des circulations ont été progressivement matérialisées grâce à la conception, à la mise au point et à l'entretien de mécanismes et d'automatismes par un nombre réduit de travailleurs, aboutissant à la déqualification du travail de commande, et même à sa suppression dans les cas où la circulation est suffisamment régulière et homogène pour permettre la commande automatique.

La réflexion nécessaire pour faire face aux dérangements divers et participer à la régulation, complexifiée par la densification du trafic et les sources possibles de perturbation, est enlevée aux aiguilleurs. Elle est attribuée aux agents-circulation, et de plus en plus à des chefs-circulation. Une partie du travail de ces derniers est simplifiée par la mise au point de procédures à faire appliquer passivement en cas de dérangement et par la chasse aux causes des perturbations. Quant au travail des aiguilleurs, il requiert donc une qualification moindre, y compris en situation perturbée. L'aiguilleur-opérateur a remplacé l'aiguilleur "complet". Cette évolution est sanctionnée d'ailleurs par la suppression de la "filière" Aiguille et la banalisation de la fonction au sein d'une vaste "filière" Mouvement regroupant également les agents des bureaux des gares et de la manoeuvre.

Cette division du travail réalisée par des mesures organisationnelles, n'est cependant pas strictement respectée dans la réalité, en raison des "failles" techniques de certains postes, des contradictions dans l'exploitation, et de la résistance des aiguilleurs contre leur dépossession. Son non-respect est bien des fois la condition de la fluidité du trafic. Les aiguilleurs et leurs organisations syndicales s'appuient sur le travail réel pour revendiquer de meilleures classifications. Cependant, si le travail d'aiguillage était "enrichi", par exemple, en confiant la fonction circulation aux aiguilleurs-opérateurs, il n'en resterait pas moins que l'essentiel de leur temps serait occupé à un travail de commande demandant aucune interprétation et à la surveillance.

La réflexion nécessaire en cas de perturbation peut à son tour progressivement être matérialisée, mais cette matérialisation n'est envisageable pour l'instant qu'en simplifiant les données du problème (trafic homogène, fiabilité des installations, nombre réduit et simplicité des bifurcations et des convergences…). Tendanciellement à long terme, on peut imaginer, après simplification, la quasi-disparition du travail de direction des trains. Mais signalons que la division du travail n'en continue pas moins. Elle affecte à leur tour les agents d'entretien (dont le nombre et la qualification s'accroissent au cours de la mécanisation), voire les techniciens et les ingénieurs en introduisant également pour eux, une tendance à la bi-polarisation des qualifications requises.

Plan

1. La portée du débat sur l'évolution du contenu intellectuel du travail
2. Division du travail en situation normale, par la matérialisation croissante des opérations mentales nécessaires à la formation des itinéraires, grâce à la conception de mécanismes et d'automatismes par un nombre restreint de travailleurs
3. Division du travail, en situation perturbée, grâce à des mesures organisationnelles concentrant sur certains agents les choix et les décisions
Conclusion
Réflexion

Mots-clés

Transport, chemins de fer, SNCF, aiguillage, régulation du trafic ferroviaire, travail prescrit, travail réel, division du travail, organisation du travail, conditions de travail, qualification, savoir-faire, compétence, classification, filière professionnelle

Disciplines concernées

Ergonomie, Histoire, Histoire des Sciences et des Techniques, Sciences cognitives, Science de l’ingénieur, Sociologie.

Contexte d’écriture

Contribution
à l’évolution du questionnement personnel
à la production scientifique du réseau ou du laboratoire d’appartenance
au débat scientifique national et international
à la diffusion des résultats de la recherche
à la valorisation des résultats de la recherche

Références, commentaires, notes critiques

Pertinence actuelle

Voir aussi

✔ Freyssenet M., Imbert F., “Travail et automatisation dans les chemins de fer”, Paris, CSU, 1982, 229 p. Édition numérique, freyssenet.com, 2006, 1,6 Mo.

✔ Freyssenet M., Imbert F., Genèse sociale de choix d’automatisation et d’organisation. Le cas de l’aiguillage dans les chemins de fer, CSU, Paris, 1986, 186 p. Édition numérique : freyssenet.com, 2006, 4,6 Mo.

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http://www.imprimerienationale.fr

Date de la dernière mise à jour de la fiche de présentation

2006.05.05

Date de la mise en ligne de l’article

2006.05.05, Freyssenet M., “Division matérialisée et division organisationnelle du travail: le cas du travail d’aiguillage, de signalisation et de régulation dans les chemins de fer”, in Travailleurs des transports et changements technologiques, Paris, Imprimerie Nationale, 1983, pp 161-176.

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