La production réflexive, une alternative à la production de masse et à la production au plus juste?

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Référence

Freyssenet M., “La production réflexive, une alternative à la production de masse et à la production au plus juste?”, Sociologie du Travail, n°3/1995, pp 365-388. Édition numérique, freyssenet.com, 2007, 320 ko, ISSN 1776-0941.

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Il est une version remaniée de: ✔ Freyssenet M., “Volvo-Uddevalla, analyseur du fordisme et du toyotisme”, Actes du GERPISA, n°9, mars 1994, pp 11-54. Éditions numériques, gerpisa.univ-evry.fr, 2001, 88Ko ; freyssenet.com , 2006, 250Ko, ISSN 7116-0941. Il a été traduit en anglais dans une version augmentée: ✔ Freyssenet M., “Reflective production: an alternative to mass-production and lean production?”, Economic and Industrial Democracy, vol. 19, n°1, february 1998, pp 91-117. Digital publication, freyssenet.com , 2006, 280 Ko, ISSN 7116-0941.

Résumé

Le système productif actuel, quels que soient les modèles industriels dans lesquels il se concrétise (fordien, toyotien...), repose, aussi bien dans ses phases manuelles que dans ses phases automatisées, sur trois principes industriels : la standardisation, l’additivité et la fluidité. S’il est admis que l’additivité et la fluidité ont clairement leur origine dans la recherche de l’économie de temps, d’espace et d’investissement humain, ils ont été cependant justifiés a posteriori par des arguments d’impossibilité pratique de faire autrement, tout particulièrement aujourd’hui.

On aurait démontré que les opérateurs n'étaient pas en mesure de mémoriser et d’effectuer efficacement des opérations diversifiées au-delà d’un nombre très limité, et même qu’ils ne souhaiteraient pas du tout qu’il en soit autrement, le travail répétitif leur laissant au moins la possibilité de penser à autre chose. Logistiquement, la limite serait également vite atteinte si l’on voulait fabriquer un produit complexe en un ou plusieurs modules fixes. On ne peut imaginer en effet de doter chaque station de fabrication ou chaque atelier d’un magasin complet de pièces et d’outils et de toutes les machines nécessaires.

S’interroger sur les principes industriels d’additivité et de fluidité aurait en outre perdu aujourd’hui de sa pertinence, pour deux raisons. Le système toyotiste aurait su les adapter efficacement à une production variée et changeante, alors qu’ils ont été conçus initialement pour une production de masse uniforme, en impliquant les opérateurs sur chaîne ou sur machine dans l’amélioration du processus de fabrication, redonnant ainsi un sens et une intelligence à leur travail. L’automatisation, d’autre part, permet de faire faire aux machines les opérations dans l’ordre qui se révèle le plus productif. Elle permet aussi de confier aux opérateurs la conduite et la première maintenance, voire plus, toutes activités qui demanderaient de par leur nature de la réflexion, de l’imagination et des connaissances variées. La question du contenu intellectuel et de la division du travail ne se poserait donc plus. Les solutions seraient maintenant connues. Leur diffusion ne serait qu’une question de temps pour vaincre les inerties inévitables.

Cet optimisme largement partagé ces dernières années est aujourd’hui ébranlé, au moins pour deux raisons. D’une part, le système toyotiste a révélé ses limites, notamment d’acceptabilité sociale, avant même que la crise dont le Japon a beaucoup de mal à se sortir depuis près de quinze ans ne vienne les souligner. D’autre part, la dynamique de recomposition du travail, censée être au fondement des organisations nouvelles mises en place dans certains ateliers automatisés, s’essouffle et même se transforme en son contraire, en raison de la forme sociale donnée à l’automatisation. Avant que ces faits ne viennent réactiver le débat sur l’évolution du travail, il était possible, à vrai dire, de douter de l’optimisme ambiant, en constatant qu’il conduisait à présupposer qu’il n’y aurait aucun lien entre les formes prises par le travail et le rapport salarié marqué par l’incertitude dans lequel il s’inscrit cependant, présupposé théoriquement peu défendable.

Les réactions suscitées par la fermeture de ses usines les plus innovantes et la reprise du marché ont conduit finalement Volvo à rouvrir son usine d’Uddevalla. Le système uddevallien remet en question les impossibilités pratiques données comme justification aux principes d’additivité et de fluidité: la mémorisation et la réalisation, sans erreur et dans des temps alloués industriels, d’un montage complexe par quelques individus voire un seul, l’approvisionnement en pièces des postes de travail fixes sans encombrement et immobilisations coûteuses. Il est possible en effet de s’appuyer sur les compétences cognitives ordinaires des individus pour qu’ils trouvent, sans qu’un ordre de montage soit prescrit sous forme de check list, quelles pièces doivent être assemblées et comment, pour autant que celles-ci leur soient présentées regroupées selon la logique structurelle et fonctionnelle du produit dans des casiers conçus pour cela. Il n’est nul besoin de mettre à disposition de chaque équipe montant des véhicules complets un magasin entier de pièces avec leurs variantes. Il suffit de leur apporter sur des chariots filoguidés la totalité des pièces dont ils ont besoin pour monter le véhicule commandé. Ces deux solutions non seulement remettent en cause ce que l’on a fini par considérer comme des impossibilités pratiques, mais surtout elles suppriment les problèmes structurels des modèles fordiste et toyotiste qui en limitent les performances économiques et la dynamique sociale: écart entre temps standards et temps réels, impossibilité de modifier sans surcoût l’ordre de production une fois engagé, limitation de la polyvalence des lignes, qualité ponctuelle et non globale, participation subordonnée des opérateurs, etc.

Le système uddevallien revient également à préconiser une autre démarche et une autre forme d’automatisation, consistant à automatiser en priorité la manutention, le stockage et la gestion, laissant aux opérateurs ce qui est à la fois, pour l’instant complexe et coûteux à automatiser, et ce qui fait la qualité du produit. Sa diffusion présuppose toutefois trois conditions sociales. Le temps alloué pour chaque modèle et variante doit être négocié, car il n’existe plus de moyens matériels (techniques et organisationnels) pour imposer un rythme de travail. Les importantes potentialités d’amélioration du produit et du process et de réduction des temps de montage par les monteurs n’ont de chance de se concrétiser que si elles ne conduisent pas à des réductions d’emploi. Enfin la dynamique collective d’inversion réelle de la “division de l’intelligence du travail” qui s’amorce ainsi doit pouvoir se développer, sans être contenue comme dans le cas toyotiste, afin que le compromis social soit possible et que l’implication qu’elle présuppose perdure.

Plan

1. Les impossibilités pratiques qui rendraient inévitable le travail à la chaîne
2. Les temps de montage et autres performances sur chaîne et en station fixe
2.1. Les cinq problèmes structurels du montage en ligne mobile
2.2. La méthode de raisonnement appliquée au temps de montage est utilisable pour les autres aspects de la performance.
3. Les possibilités d’extension de la “production réflexive”
4. Les conditions sociales de possibilité de la “production réflexive”. Faut-il réexaminer l’histoire industrielle?

Mots-clés

Automobile, Volvo, usine d’Uddevalla, production réflexive, fordisme, toyotisme, modèles productifs, relation salariale, organisation productive, automatisation, division du travail, organisation du travail, conditions de travail, qualification, assemblage automobile, travail à la chaîne, équilibrage des postes de travail, montage en station fixe, performance globale

Disciplines concernées

Anthropologie, Économie, Ergonomie, Gestion, Histoire, Histoire des Sciences et des Techniques, Sciences cognitives, Science de l’ingénieur, Science du politique, Sociologie.

Contexte d’écriture

Contribution
à l’évolution du questionnement personnel
à la production scientifique du réseau ou du laboratoire d’appartenance
au débat scientifique national et international
à la diffusion des résultats de la recherche
à la valorisation des résultats de la recherche

Références, commentaires, notes critiques

en cours de recension

compte-rendu
note critique
notice bibliographique
commentaire
- Lojkine J, Malétras, J-L, La guerre du temps: le travail en quête de mesure, L’Harmattan, Paris, 2002, 240 p
http://books.google.fr/books?hl=fr&lr=&id=aSB2FSDamigC&oi=fnd&pg=PA5&dq
- Séverin Muller, « Le temps du démontage. L’adaptation collective aux contraintes de production dans un abattoir », in Danièle Linhart, Aimée Moutet, Le travail nous est compté, La Découverte, Paris, 2005, 346 p.
- Guillaume O., Le sens organisationnel: le cas des démarches de qualité, L'Harmattan, Paris, 2008, 216 p. http://books.google.fr/books?hl=fr&lr=&id=DyTfyOPgRXEC&oi=fnd&pg=PA180&dq

quelques citations

Pertinence actuelle

Voir aussi

✔ Freyssenet M. (dir.), “Volvo-Uddevalla, questions ouvertes par une usine fermée”, Actes du GERPISA, n°9, mars 1994, 203 p. Avant propos pp 7-10. ISSN :0981-5597. Éditions numériques, gerpisa.univ-evry.fr, 2001, 20 Ko; freyssenet.com, 2006, 80 Ko.

✔ Charron E., Freyssenet M., “L’usine d’Uddevalla dans la trajectoire de Volvo”, Actes du GERPISA, n°9, mars 1994, pp 161-183. Éditions numériques, gerpisa.univ-evry.fr, 2001, 88 Ko; freyssenet.com , 2006, 1 Mo.

✔ Charron E., Freyssenet M., “L’usine d’Uddevalla dans la trajectoire de Volvo, annexe photographique”, Actes du GERPISA, n°9, mars 1994, pp 161-183. Édition numérique, freyssenet.com , 2006, 10,4 Mo.

Volvo Car Uddevalla Corporation. Plaquette diffusée par Volvo présentant son usine d'Uddevalla où le montage automobile se faisait en station fixe

✔ Freyssenet M., “Volvo-Uddevalla, analyseur du fordisme et du toyotisme”, Actes du GERPISA, n°9, mars 1994, pp 11-54. Édition numérique, gerpisa.univ-evry.fr, 2001, 88 Ko ; freyssenet.com , 2006, 250 Ko.

✔ Freyssenet M., “Reflective production: an alternative to mass-production and lean production?”, Economic and Industrial Democracy, vol. 19, n°1, february 1998, pp 91-117. Digital publication, freyssenet.com , 2006, 280 Ko, ISSN 7116-0941. Version modifiée et augmentée en anglais de ✔ Freyssenet M., “La production réflexive, une alternative à la production de masse et à la production au plus juste?”, Sociologie du Travail, n°3/1995, pp 365-388. Édition numérique, freyssenet.com, 2007, 320 ko, ISSN 1776-0941.

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http://www.elsevier.com

Date de la dernière mise à jour de la fiche de présentation

2006.05.04

Date de mise en ligne de l’article

2007.03.19,
Freyssenet M., “La production réflexive, une alternative à la production de masse et à la production au plus juste?”, Sociologie du Travail, n°3/1995, pp 365-388. Édition numérique, freyssenet.com, 2007, 320 ko, ISSN 1776-0941.

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