La division intellectuelle du travail de laminage de l'acier

Référence

Freyssenet M., "La division intellectuelle du travail de laminage de l’acier", communication au Deuxième Séminaire international "Crisis, nuevas technologias y processo de trabajo", UNAM, Mexico, 20-31 juillet 1981, 18 p. Édition numérique, freyssenet.com, 2006, 120k.

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Résumé

L'intelligence à déployer pour laminer de l’acier consiste à identifier les nombreux paramètres intervenants dans cette activité et à comprendre leurs combinaisons, afin de régler et d’entretenir les outils employés. Cette intelligence a dû être construite et mise en oeuvre depuis l'origine par les lamineurs, malgré l'absence de théorie et d'instruments de mesure. Elle a été l’objet d’un enjeu entre les lamineurs et leurs employeurs : les premiers l’utilisant pour se rendre indispensables, les seconds cherchant à l’objectiver et à la matérialiser pour ne plus dépendre des premiers. L’article est consacré à l'analyse du processus d'expropriation ou de contournement du savoir-faire des lamineurs à travers les choix techniques et organisationnels faits depuis les premiers trains de laminoir dit « manuel ».

Quatre phases de la division intellectuelle du travail de laminage sont distinguées. Les termes de l’enjeu du rapport capital-travail sont explicités à chacune de ces phases. Les luttes auxquelles il a donné lieu à chaque fois et leurs issues ont dessiné les traits particuliers que la division intellectuelle du travail a pris dans les différents lieux où elle était à l’œuvre.

L'analyse historique faite semble conforter la thèse de la déqualification-surqualification des capacités de travail dans le cadre du rapport capital-travail. Le capital doit, pour poursuivre son accumulation, contourner ou s'approprier le savoir-faire de ses salariés. Il le fait en concentrant sur un petit nombre de travailleurs l'activité intellectuelle que nécessite toute production. Les machines telles qu’elles sont ainsi conçues et les organisations du travail qui les accompagnent réduisent l’autonomie intellectuelle des travailleurs directs et tendent à déqualifier leur travail. Le mouvement de déqualification-surqualification que ces phénomènes traduisent n'est pas continu et linéaire. Il se fait par étapes et il est ponctué de crises. Chaque stade redéfinit en effet l'enjeu du rapport capital-travail et les moyens de résistance des salariés. Pour un stade donné de division capitaliste du travail, plusieurs organisations du travail, plusieurs politiques de gestion de la main d'œuvre, plusieurs modes de rémunération sont possibles. Elles traduisent les rapports de force différents observables sur la base d'un même stade. Le patronat cherche par des mesures organisatives à accroître plus la division du travail que ne peuvent encore imposer les machines telles que conçues. De leur côté, les travailleurs cherchent à imposer une organisation du travail de fait, différente de l'organisation formelle, pour accroître leur pouvoir. Mais ces marges de manœuvres quotidiennes sont d’autant plus limitées que le processus de production et ses multiples aléas ont pu être anticipés dans la conception des machines.

La question est de savoir si le mouvement syndical est en mesure de penser un processus de division du travail qui n’aboutirait pas à la concentration de l’intelligence du travail sur quelques-uns et surtout d’évaluer les possibilités de l’enclencher dans un contexte dominé par le rapport capital-travail.

Plan

1. Le laminoir dit « manuel »
2. Le laminoir « mécanisé »
3. Le « laminoir continu »
4. Le laminoir « automatisé »
Conclusion

Mots-clés

Sidérurgie, laminage, relation salariale, organisation productive, travail, division du travail, organisation du travail, conditions de travail, qualification, savoir-faire, compétence, implication, formation, relations industrielles, lamineur, catégories socio-professionnelles, luttes sociales, rapport social, rapport capital-travail, enjeux.

Disciplines concernées

Anthropologie, Économie, Ergonomie, Gestion, Histoire, Histoire des Sciences et des Techniques, Sciences cognitives, Science de l’ingénieur, Sociologie.

Contexte d’écriture

Contribution
à l’évolution du questionnement personnel
à la production scientifique du réseau ou du laboratoire d’appartenance
au débat scientifique national et international
à la diffusion des résultats de la recherche
à la valorisation des résultats de la recherche

Références, commentaires, notes critiques

Pertinence actuelle

Voir aussi

✔ Freyssenet M., “D’une tentative à une autre: fixer puis libérer les ouvriers de métier”, Annales de la Recherche Urbaine, n° spécial, Vie quotidienne en milieu urbain, Colloque de Montpellier, Paris. CRU, 1980, pp 25-45. Édition numérique, freyssenet.com , 2006, 170 Ko. Version modifiée de Freyssenet M., « Division du travail, pratiques ouvrières et pratiques patronales. Les ouvriers sidérurgistes chez de Wendel, 1880-1974 », CSU, Paris, 1978, 34 p. Édition numérique, freyssenet.com , 2006, 160 Ko.

✔ Freyssenet M., La sidérurgie française. 1945-1979. Histoire d’une faillite, Paris, Savelli, 1979, 241 p. Édition numérique, freyssenet.com, 2006, 3,9 Mo. ISSN 1776-0941.

Date de mise en ligne du texte

2006.04.08

Date des mises à jour

2015.08.13

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