Le capitalisme français et la diversité des modèles productifs

Référence du texte

Freyssenet, M., « Le capitalisme français et la diversité des modèles productifs », conférence au 1er Congrès de l’Association Française de Sociologie, Université Paris XIII, Villetaneuse, 18-20 Février 2004. Édition numérique, freyssenet.com, 2006, 192 Ko.

Il n’y a pas eu d’autres versions à ce texte. Le 1er Congrès de l’AFS n’a finalement pas donné lieu à publication d’Actes ou d’ouvrages reprenant les communications faites à des tables-rondes ou dans des groupes de travail.

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Résumé

Les années 90 ont été les années des convergences annoncées comme nécessaires et de toute façon inéluctables : convergence des firmes vers le modèle japonais, convergence des capitalismes nationaux vers le modèle anglo-saxon sur fond de mondialisation des capitaux, des firmes, des marchés et des technologies.

On le sait, plusieurs événements et démentis sont venus ébranler ces certitudes, trop rapidement partagées par beaucoup. Peut-être, est-ce la raison pour laquelle on peut observer depuis quelque temps une attention un peu plus grande accordée à des tentatives soulignant la diversité renouvelée des capitalismes et des modèles productifs, leur égale viabilité, leur dynamique propre, sans attribuer pour autant aux uns et aux autres un caractère plus enviable, mais en insistant sur les marges de manœuvres dont disposent les acteurs. Le schéma d'analyse élaborée par le GERPISA est une de ces tentatives. En quoi éclaire-t-il la situation du capitalisme français, mais aussi la recherche sur ce même capitalisme?

Les entreprises capitalistes françaises sont soumises aux incertitudes que créent l’absence d’un mode de croissance national stabilisé : tant du point de vue du moteur de la croissance que de la forme de distribution du revenu national. Une entreprise comme PSA dont la stratégie est fondé sur le "volume et la diversité" aurait intérêt à ce que prévalent en Europe une croissance européenne tirée par la consommation intérieure et une distribution coordonnée et modérément hiérarchisée. Une entreprise comme Renault, si elle confirmait sa stratégie « innovation et flexibilité », aurait paradoxalement intérêt à un mode de croissance européen dans lequel la distribution serait plus concurrentielle. Retournement de l’histoire, elle qui a été en France le promoteur et diffuseur de la distribution "coordonnée et modérément hiérarchisée" pendant les trente glorieuses.

L’impact de ce que l’on appelle la financiarisation a été directement limité par une reprise du contrôle du capial des deux constructeurs par ses dirigeants. La financiarisation se ressent plus à travers les variations de parité entre monnaie dues aux mouvements imprévisibles des capitaux. Mais les constructeurs français étant plus européo-centrés que les autres, ils bénéficient de ce point de vue-là de la monnaie unique, l’euro.

Les moyens employés, les dispositifs observables, les pratiques de travail ne sont pas isolables les uns des autres. Il n’y a pas un système de production applicable de partout indépendamment de la stratégie poursuivie, de la politique produit, du système de salaire etc. Dès lors vouloir mesurer le degré de japonisation, de toyotisation, d’anglo-saxonisation en fonction du nombre de traits censés caractériser ces modèles, n’a pas de sens, car ces traits insérés dans une autre configuration, mis au service d’une autre stratégie, change de sens et surtout de contenu. Il ne s’agit pas d’une hybridation ou d’une adaptation, il s’agit soit d’une configuration incohérente soit d’une hybridation au sens fort, c’est-à-dire d’une création nouvelle. Le contenu du travail, les conditions de travail ne peuvent plus être décrits, analysés, interprétés en faisant abstraction de la configuration socio-productive dans laquelle ils s’inscrivent, du degré de cohérence des moyens employés, de la pertinence de la stratégie suivie. Si la stratégie n’est pas pertinente, si la configuration est insuffisamment cohérente, il est facile d’imaginer les tensions et les injonctions contradictoires auxquelles les salariés sont soumis dans l'exécution de ce qui est leur tâche.

Dans un tel schéma d’analyse, les sociologues devraient se sentir à l’aise. On y trouve en permanence, compromis, conflits, rapports de force, justification, légitimation, différenciations sociales des marchés, bien loin de la main invisible et de l’équilibre général des économistes néo-classiques. Le schéma s’inscrit donc apparemment pleinement dans une sociologie économique que beaucoup s’emploient aujourd'hui à développer. Il convient toutefois de prendre garde aux effets de catégorisation de cette appellation, qui conduit une fois de plus à naturaliser l’économie. Il n’y a pas de domaine économique, il n’y a pas de champ économique, il n’y a pas d’ordre économique, mais seulement des rapports sociaux en confrontation, voire en opposition, pour régir les conditions nécessaires de la vie en société. Ces conditions sont autant des raisons de vivre et de mourir que le boire et le manger. Dans la construction de la grande science sociale qu’il est maintenant urgent de faire advenir, la sociologie et les sociologues pourraient être une force d’impulsion, s'ils renonçaient à vouloir trouver du social dans l’économique, et s'ils contribuaient à théoriser les quelques rapports sociaux qui régissent aujourd’hui en tout ou partie les conditions de la vie en société.

Plan

Introduction : comment traiter de la diversité du capitalisme et des modèles productifs ?

1. Résultats et schéma d’analyse
1.1. Les conditions macro et micro de la profitabilité des firmes
1.2. Trois stratégies de profit identifiées et trois modèles productifs performants

2. La situation française
2.1. Le mode de croissance français n’est toujours pas stabilisé
2. 2. Des stratégies de profit des firmes de l’industrie automobile différentes. Quel est le degré de cohérence de leur configuration socio-productive avec leur stratégie?
2.3. Les compromis de gouvernement d’entreprise des deux constructeurs ont résisté aux tendances à la financiarisation

Conclusion : le capitalisme et la recherche sur le capitalisme

Mots-clés

France, capitalisme, modèles productifs, relation salariale, organisation productive, politique-produit, profitabilité, histoire des entreprises, théorie de la firme, stratégie de profit, mondialisation, modèles de croissance nationale, travail, automobile, sciences sociales.

Disciplines concernées

Économie, Gestion, Géographie, Histoire, Science du politique, Sociologie.

Contexte d’écriture

Contribution
à l’évolution du questionnement personnel
à la production scientifique du réseau ou du laboratoire d’appartenance
au débat scientifique national et international
à la diffusion des résultats de la recherche
à la valorisation des résultats de la recherche

Références, commentaires, notes critiques

Pertinence actuelle

Voir aussi

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Date de la dernière mise à jour de la fiche de présentation

2006.03.24

Date de mise en ligne de la version téléchargeable

2006.03.04 : Freyssenet, M., « Le capitalisme français et la diversité des modèles productifs », conférence au 1er Congrès de l’Association Française de Sociologie, Université Paris XIII, Villetaneuse, 18-20 Février 2004.

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