Le plus sûr moyen de se tromper en sciences sociales: japonisation, fin du travail, globalisation, nouvelle économie, etc.

Références des différentes versions

Freyssenet M., "Le plus sûr moyen de se tromper en sciences sociales: japonisation, fin du travail, globalisation, nouvelle économie, société en réseaux…", La Lettre du GERPISA, Avril 2002 (n°159), pp 5-10. Éditions numériques, gerpisa.univ-evry.fr, 2002, Ko ; freyssenet.com, 2006, 220 Ko.

Freyssenet M.,“ The surest way to make a mistake in social sciences : japanisation, end of work, globalisation, new economy, networked societies, etc ”, La Lettre du GERPISA, Juillet 2002 (n°161), p 2-7. Version en anglais de l’article précédent. Éditions numériques, gerpisa.univ-evry.fr, 2002, Ko. ; freyssenet.com, 2006, 220 Ko.

Freyssenet M., « Le plus sûr moyen de se tromper en sciences sociales : japonisation, fin du travail, globalisation, nouvelle économie, société en réseau... », Gérer et Comprendre, Annales des Mines, 2002, pp 34-40. Version révisée de Freyssenet M., "Le plus sûr moyen de se tromper en sciences sociales: japonisation, fin du travail, globalisation, nouvelle économie, société en réseaux…", La Lettre du GERPISA, Avril 2002 (n°159), pp 5-10.

Freyssenet M., « La forma más sencilla de equivocarse en ciencias socials. Japonización, fin del trabajo, globalización, nueva economía, sociedades en red », Sociologia del Trabajo, n°46, automne 2002, pp 3-17. Traduction en espagnol de Freyssenet M., « Le plus sûr moyen de se tromper en sciences sociales : japonisation, fin du travail, globalisation, nouvelle économie, société en réseau... », Gérer et Comprendre, Annales des Mines, 2002, pp 34-40.

Ce texte est la mise en forme d'une conférence faite au VIIème Congrès Espagnol de Sociologie (Salamanque 20-22 septembre 2001). D'abord publié dans La Lettre du GERPISA en français puis en anglais, il est paru quasi simultanément dans la revue Gérer et Comprendre, Annales des Mines et dans la revue espagnole Sociologia del Trabajo. À quelques détails près, les versions du texte sont identiques.

Les deux premiers textes sont téléchargeables en allant à la fin de cette page.

Résumé

Les années 90 ont été généreuses en visions du futur : qu'il s'agisse de l'inévitable diffusion du modèle dit japonais, de la fin proche du travail, de l'irréversible globalisation, ou bien de l'avènement d'une nouvelle ère de prospérité grâce à la "nouvelle économie". La dernière en date de ces perspectives est celle avancée par Manuel Castells, pour qui les sociétés pourraient se recomposer en réseaux, avec l'aide puissante d'internet, si ce n'est grâce à lui.

Tenter de mettre à jour les lignes de force qui orientent l'évolution de nos sociétés est un exercice légitime et nécessaire. Les représentations de l'avenir qui ont été proposées ont incontestablement stimulé le débat public et scientifique. Elles font toutefois problème. Qu'elles aient été rapidement démenties par les faits, après avoir fait l'objet d'une large adhésion, n'est pas en définitive le plus préoccupant. Etre infirmée un jour ou l'autre est le destin de toute théorisation, fut-elle la plus pertinente. Le plus gênant est que les prévisions faites reproduisent toujours, malgré leurs différences, voire leur opposition, le même type d'erreurs, sans que jamais aucune leçon n'en soit tirée. Cette répétition est troublante et mérite d'être expliquée.

Il est vrai que les théorisations incriminées ont parfois été d'utiles punching-ball pour des chercheurs soucieux de plus de rigueur conceptuelle. Elles font néanmoins perdre beaucoup de temps à les réfuter, à un point tel qu'avant qu'elles ne le soient vraiment elles sont déjà démenties par des évolutions inattendues du monde et qu'elles sont aussitôt remplacées par d'autres théorisations affectées des mêmes défauts. Elles obligent à un travail de Sisyphe, empêchant de développer et de faire valoir dans le débat public mais aussi sur la scène académique des démarches et des théories plus élaborées.

Ces "bulles" théoriques sont le fruit, malgré leur différence de contenu et de sophistication, d'une même démarche intellectuelle. Le premier stade de cette démarche consiste à regrouper des faits en fonction de leur ressemblance ou de leur apparente convergence et à les présenter comme une tendance radicalement nouvelle. À l'étape suivante, il est montrer que la tendance nouvelle est susceptible, si elle se généralisait, de résoudre une contradiction ou un problème majeur qui polarise le débat public et nourrit les inquiétudes du plus grand nombre. La troisième étape, apparemment la plus délicate, est la démonstration que la tendance mise à jour ne peut que se diffuser et se généraliser, et donc résoudre effectivement le problème qui préoccupe tout le monde. Quatrième phase, fréquente, mais non nécessaire. Ayant évacué ou relativisé incertitude, contradiction et conflits, il est alors possible d'énumérer tous les changements heureux que le processus universalisé mis en avant provoquera dans tous les domaines de la vie sociale. Les essayistes et chercheurs les plus lucides s'en gardent bien. Mais le faire ne compromet pas nécessairement la réputation scientifique. Dernière étape, qui prend généralement la forme d'un nouveau livre, consiste, avant l'infirmation brutale par l'actualité et le désintérêt du public, à présenter tout écart entre la réalité et le modèle comme l'effet, au choix, de facteurs secondaires, de combats d'arrière garde ou du nécessaire apprentissage pour une bonne compréhension et application des principes nouveaux.

Plusieurs leçons peuvent être tirées des infirmations des thèses universalisantes et des tentatives faites pour leur substituer des démarches plus rigoureuses. Face à un phénomène qui apparaît comme nouveau, trois opérations de recherche semblent indispensables. La première est de replacer les faits qui paraissent faire tendance dans l'histoire de l'entité concrète dont chacun d'eux relève (tel individu, tel groupe, telle institution, telle société etc.) pour en comprendre le sens et vérifier ainsi s'ils peuvent être légitimement agrégés. La deuxième est d'établir par la comparaison et le raisonnement les conditions de possibilité et de viabilité de ces faits regroupés ou distingués. La troisième est de les conceptualiser pour substituer à la représentation commune, spontanée ou pseudo savante une représentation plus éclairante et opératoire.

Mais il est vrai que les résultats de la démarche précédente peuvent plus difficilement être résumés en une formule, parler immédiatement à l'imaginaire social et répondre aux inquiétudes. À l'affirmation de la très grande probabilité de résoudre des problèmes majeurs pour les uns ou de l'inéluctabilité de la crise pour les autres, on propose des outils pour rendre intelligible la diversité des trajectoires, des contextes, des conditions et des possibilités.

Plan

1. Il y a tellement de bonnes raisons de se tromper en sciences sociales qu'il n'est pas nécessaire d'en rajouter de mauvaises
2. Une valse à trois temps : succès spectaculaire, infirmation brutale, oubli rapide, et on recommence
3. L'application inlassable de la même démarche : transformer des faits apparemment convergents en tendance universelle résolvant des contradictions sociales majeures
4. Pour des démarches substantives, historiques et analytiques
5. Comment mettre en débat les deux types d'approche ?

Mots-clés

Japonisation, Lean production, fin du travail, globalisation, nouvelle économie, société en réseaux, prospective, démarche de recherche

Disciplines concernées

Anthropologie, Économie, Gestion, Géographie, Histoire, Histoire des Sciences et des Techniques, Philosophie, Science de l’ingénieur, Sociologie

Contexte d’écriture

Contribution
à l’évolution du questionnement personnel
à la production scientifique du réseau ou du laboratoire d’appartenance
au débat scientifique national et international
à la diffusion des résultats de la recherche
à la valorisation des résultats de la recherche

Références, commentaires, notes critiques

Présentation de l'article faite par Gérer et Comprendre, Annales des Mines: Que sont nos belles théories devenues, que nous avions de si près tenues et tant aimées? Le vent, je crois, les a ôtées… Elles s'appelaient : fin du travail, lean production, nouvelle économie et tant d'autres, qu'on a déjà oubliées… Certaines venaient du Japon, d'autres d'Amérique…Elles ont fait les beaux jours d'éditeurs avisés, de mangers conquérants, de DRH très tendance…Quelques Cassandre austères parlaient d'aveuglement, d'amours sans lendemain, voire de non-scientificité. Eh bien, ils avaient raison! Pourtant, qu'est-ce qu'on les a aimées, toutes ces belles théories!

Pertinence actuelle

Voir aussi

✔ Freyssenet, M., "Le modèle productif japonais n'a jamais existé", édition numérique, freyssenet.com, 2006, 200 Ko. Version initiale plus longue de ✔ Freyssenet, M., "Le modèle productif japonais n'a jamais existé", in Boyer, R., Souyri, P-F, Mondialisation et régulations. Europe et Japon face à la singularité américaine, La Découverte, Paris, 2001, pp 97-115. Édition en japonais par un éditeur japonais, ✔ Freyssenet, M., "Le modèle productif japonais n'a jamais existé", in Boyer, R., Souyri, P-F, Mondialisation et régulations. Europe et Japon face à la singularité américaine, , Tokyo : Fujiwara Shoten, 2002, pp 151-178.

✔ Freyssenet M., “L’invention du travail”, Actes du Colloque Interdisciplinaire - Travail: recherche et prospective", CNRS/PIRTTEM, 1992, pp 65-74. Republié: Freyssenet M., “L’invention du travail”, Futur antérieur, n°16, 1993/2, pp 17-27. Version modifiée et augmentée, Freyssenet M., “Historicité et centralité du travail”, in Jacques Bidet, Jacques Texier (dir.), La crise du travail, PUF, Paris, 1995, pp 227-244. Version modifiée et augmentée en anglais, Freyssenet M, “Emergence, Centrality and End of Work”, Current Sociology, 1999, vol 47, n°2, pp 5-20.

✔ Boyer R. Freyssenet M., “L’avenir est à nouveau ouvert. Stratégies de profit, formes d’internationalisation et nouveaux espaces de l’industrie automobile". "The Future Once Again is Open. Profit Strategies, Internationalisation Forms and New Spaces of Automobile Industry”, in Freyssenet, M., Lung, Y., (dir.), Actes de la Sixième Rencontre Internationale du GERPISA, “Les nouveaux espaces de l’industrie automobile mondiale . The New Spaces in the World Automobile Industry”, 4-6 juin, 1998, Paris, Palais du Luxembourg, pp 609-632. Premières publications en français et en anglais. Édition numérique, freyssenet.com, 2006, 200 Ko. ✔ Deuxième publication en français, Boyer R., Freyssenet M., “L’avenir est à nouveau ouvert. Stratégies de profit, formes d’internationalisation et nouveaux espaces de l’industrie automobile”, Gérer et Comprendre, Annales des Mines, 1999, juin, pp. 21-30. Éditions numériques, www.annales.org/gc; freyssenet.com, 2006, 407 Ko. ✔ Deuxième publication, en anglais sous un titre différent, Boyer R., Freyssenet M., “Automakers in the Second Century of the Automobile: The Roads Ahead”, in Actes du Congrès Mondial Automobile de la FISITA, Paris, 1998, Cederom. Édition numérique, freyssenet.com, 2006, 200 Ko. ✔ Troisième publication en anglais sous un titre encore différent, Boyer R., Freyssenet M., Different Paths for Automakers at the Turn of Century, IMVP Sponsors Meeting, Cambridge (USA), 1999 October 5-7. Digital publications, imvp.mit.edu, 1999; freyssenet.com, 2006, 200 Ko. ✔ Quatrième publication en anglais dans une version plus longue et une nouvelle traduction, par un éditeur allemand, Boyer R., Freyssenet M., “Rewriting the Future. Profit Strategies, Forms of Internationalisation and New Spaces in the Automobile Industry”, in Eckardt, A., Köhler, H-D., Pries, L. (Hg.), Global Players in Lokalen Bindungen. Unternehmensglobalisierung in soziologischer Perspektive, Édition Sigma, Berlin, 1999, pp 81-97. Édition numérique, freyssenet.com, 2006, 200 Ko. ✔ Traduction en italien de la précédente version anglaise par un éditeur italien, Boyer R., Freyssenet M., « Riscrivere il futuro. Strategie di profitto, forme di internazionalizzazione e nuovi spazi nell’industria automobobilistica », in Lodigiani, R., Martinelli, M., Dentro e oltre i post-fordismi. Impresa e lavoro in mutamento tra analysi teorica e ricerca empirica, Vita e Pensiero, Milan, 2002, pp155-175. Édition numérique, freyssenet.com, 2006, 250 Ko.

✔ Boyer R., Freyssenet M., "Les uns fusionnent, les autres pas. La variété des stratégies de profit et des modèles productifs à l'ère de la mondialisation", in Y Lung (dir.), Actes de la 9ème Rencontre Internationale du GERPISA, 7-9 juin 2001, palais du Luxembourg, "Les reconfigurations de l'industrie automobile : alliances, cessions, fusions-acquisitions, partenariats, scission…" (Cédérom). Éditions numériques, gerpisa.univ-evry.fr , 2001, 52 Ko; freyssenet.com , 2006, 52 Ko.

Sites possibles d’achat ou de commande en ligne des publications papier

http://www.gerpisa.univ-evry.fr/
http://www.annales.org/gc
http://www.sigloxxieditores.com

Date de la dernière mise à jour de la fiche de présentation

2006.02.28

Dates de mise en ligne des versions téléchargeables

2006.02.28 : Freyssenet M., "Le plus sûr moyen de se tromper en sciences sociales: japonisation, fin du travail, globalisation, nouvelle économie, société en réseaux…", La Lettre du GERPISA, Avril 2002 (n°159), pp 5-10.

2006.02.28 : Freyssenet M.,“ The surest way to make a mistake in social science : japanisation, end of work, globalisation, new economy, networked societies, etc ”, La Lettre du GERPISA, Juillet 2002 (n°161), p 2-7. Version en anglais de l’article précédent

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