Peut-on parvenir à une définition unique de la qualification?

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Références des différentes versions

Freyssenet M., “Peut-on parvenir à une définition unique de la qualification ?”, in La division du travail. Colloque de Dourdan, Paris, Galilée, 1978, pp 79-89. Édition numérique: freyssenet.com, 2006, 171 Ko, ISSN 7116-0941.

Freyssenet M., “Peut-on parvenir à une définition unique de la qualification ?”, in La qualification du travail: de quoi parle-t-on?, La Documentation française, Paris, I978, pp 67-79. Édition numérique: freyssenet.com, 2006, 171 Ko, ISSN 7116-0941.

Freyssenet M., ¿Es posible una definición única de la cualificación?, Sociologia del trabajo, Madrid, Octubre 1979, n°2, pp 53-64. Edición numérica, freyssenet.com, 2010, 170 Ko, ISSN 7116-0941.

Freyssenet M., “Peut-on parvenir à une définition unique de la qualification ?”, in Diane-Gabrielle Tremblay (dir.), Travail et Société, une introduction à la sociologie du travail, Editions Agence d’Arc, Montréal, 1992, pp. 269-279.

Freyssenet M., “Les dimensions de la qualification” (extrait), in Sabine Erbès-Seguin, La sociologie du travail, Repères, La Découverte, 1999, p. 68.

Freyssenet M., “Les classifications d’emploi et les qualifications requises” (extrait), in Combemale P., Piriou J.P.(dir.), Nouveau manuel de Sciences économiques et sociales, La Découverte, Paris, 1999.

Le premier texte a été présenté au colloque « La division du travail », organisé à Dourdan, du 9 au 11 mars 1977, par le Groupe de Sociologie du Travail, le Groupe Lyonnais de Sociologie Industrielle et le Centre de Recherche en Sciences Sociales du Travail sous les auspices du CNRS, du CORDES (Commissariat au Plan) et de l’Université de Paris 7. Il a été repris, modifié dans son introduction et augmenté de deux paragraphes, pour la séance du 6 mai 1977 du séminaire « Emploi » organisé par le Commissariat au Plan et animé par Bernard Mériaux. Le séminaire de cette année-là a pris la forme d’un débat entre Alain d’Iribarne et Michel de Virville du CEREQ, Michel Vernières de Paris 1, Robert Salais et Alain Desrosières de l’INSEE, et moi-même. Les deux textes ont été publiés la même année, en 1978. C’est le deuxième dont le plan figure ci-dessous et qui est en version téléchargeable, en allant au bas de cette page.

L’article en espagnol dans Sociologia del trabajo, est la traduction de la version « colloque de Dourdan ». C’est cette même version qui a été reprise avec des coupes dans l’ouvrage Travail et Société, une introduction à la sociologie du travail, publié au Canada. Des extraits ont été insérés en encadré dans le Repères La sociologie du travail, et dans le Nouveau manuel de Sciences économiques et sociales, publiés tous les deux à La Découverte.

Résumé

Dans le cadre du rapport capital-travail, la qualification requise des travailleurs devient un enjeu social. La contourner donne au capital une plus grande maîtrise sociale de la production et du marché du travail. La défendre et la faire reconnaître permettent aux travailleurs de conserver du pouvoir dans l'organisation du travail et une valeur sur le marché du travail.

Cet enjeu explique la confusion entretenue de part et d'autre sur cette question, le double langage patronal et syndical quant à l'évolution des qualifications requises, et la multiplication des classifications qui ne sont que l'expression déplacée de la réalité du contenu intellectuel du travail. La qualification réellement requise se définit par le temps de réflexion sur la pratique nécessaire pour acquérir, mettre en oeuvre et entretenir les qualités singulières à chaque emploi. Pas plus qu'il n'est possible de faire correspondre au concept de plus value des quantités aisément chiffrables, il n'est possible de calculer le "temps de réflexion sur la pratique" en faisant la somme de temps socialement délimités. Cela n'enlève rien à sa réalité, et cela n'empêche pas de l'évaluer.

On pourrait dire que la qualification est la forme capitaliste du savoir-faire, comme la plus value est la forme capitaliste du surtravail.

Plan

1. Quelles réalités désignent les différents usages du terme « qualification » ?
1.1. La « qualification réelle requise »
1.2. La « qualification réelle du travailleur »
1.3. La qualification attribuée officiellement aux différents postes de travail pour être tenus
1.4. La qualification qui est officiellement attribuée à un travailleur, après une formation donnée
1.5. La qualification exigée pour être embauché et tenir un poste donné
1.6. La somme des qualifications réelles que suppose un procès de travail donné
1.7. La qualification attribuée par les organismes officiels de statistiques, soit aux emplois, soit aux travailleurs
2. La réflexion sur ce que l’on fait : élément essentiel et commun à tous les emplois
3. Comment calculer le temps de réflexion sur la pratique ?
4. La partie intellectuelle du travail est un enjeu entre les travailleurs et le patronat, à un double titre
5. L’histoire de la division capitaliste du travail est l’histoire de l’expropriation du savoir de la production
5.1. La mise en œuvre capitaliste du principe coopératif
5.2. La mise en œuvre capitaliste de la spécialisation (la manufacture)
5.3. La mise en œuvre capitaliste du principe mécanique
5.4. La mise en œuvre capitaliste du principe automatique
5.5. Les travailleurs « surqualifiés » connaissent à leur tour un processus de « déqualification-surqualification »
5.5. Ce qu’il faut garder à l’esprit lorsque l’on parle de division capitaliste du travail

Mots-clés

Travail, division du travail, qualification, savoir-faire, compétence, implication, formation, classification des emplois, emploi, relations industrielles, luttes sociales.

Disciplines concernées

Économie, Ergonomie, Gestion, Histoire, Histoire des Sciences et des Techniques, Science de l’ingénieur, Sociologie.

Contexte d’écriture

Contribution
à l’évolution du questionnement personnel
à la production scientifique du réseau ou du laboratoire d’appartenance
au débat scientifique national et international
à la diffusion des résultats de la recherche
à la valorisation des résultats de la recherche

Références, commentaires, notes critiques

Pertinence actuelle

Au tournant des années 90, nombre de chercheurs et d'acteurs ont préféré remplacer le terme de "qualification" par celui de "compétence", le premier étant supposé ne désigner que ce qu'exige le "travail prescrit", alors que le second exprimerait mieux d'une part ce qui est requis par le "travail réel" et d'autre part les multiples aspects des capacités individuelles.

On notera que l'effort fait dans ce texte, avant même que ce type de débat ne se développe, a été précisément de procéder, avant toute chose, à une clarification conceptuelle. Les classifications opérées par les employeurs, les conventions collectives, les pouvoirs publics et les organismes de statistiques entre les emplois et entre les salariés (classifications qui varient, à division du travail identique, selon le marché du travail, les luttes sociales et les compromis locaux et nationaux) y sont distinguées du savoir-faire effectivement nécessaire pour accomplir le travail attribué, ainsi que des savoir-faire multiples et variés dont un individu peut faire preuve dans sa vie. Or l'usage fait du terme compétence n'a pas apporté les clarifications que l'on pouvait en attendre. La thèse sous-jacente à son utilisation, à savoir que les emplois d'aujourd'hui exigeraient de réelles compétences alors que ceux d'hier n'auraient consisté qu'à exécuter des consignes, a entraîné au moins autant de confusions dans son emploi que le terme de "qualification" n'en a produit.

Dès lors que l'on définit clairement les notions employées, le choix du mot pour les désigner n'a qu'une importance relative. Ici la "qualification" ne renvoie pas à quelque classement social, mais bien au savoir-faire concret nécessaire pour effectuer une tâche donnée, dans le cadre d'un rapport social particulier: le rapport capital-travail et de la forme de division du travail qui lui est propre, à savoir la division intellectuelle du travail.

Ce n'est en effet que dans ce rapport social là et dans cette forme de division du travail là que les protagonistes, salariés comme employeurs, éprouvent le besoin de quantifier et de hiérarchiser le savoir faire requis, et de lutter pour sa plus ou moins grande division. À la différence d'autre rapports sociaux, le temps nécessaire à son acquisition, à son entretien et à son développement (temps plus ou moins long selon le nombre des variables, leur diversité et leurs interactions intervenant dans le processus de production, qu'il s'agisse de biens ou de services), y est devenu un enjeu social essentiel.

C'est pourquoi, à bien y réfléchir, on peut retrouver quelque vertu heuristique à l'emploi du terme "qualification". La "qualification" pourrait être considérée comme la forme capitaliste de la compétence, c'est-à-dire une compétence qui doit dans ce rapport social-là être évaluée, quantifiée, explicitée et in fine divisée, ce qui n'est pas le cas dans nombre d'autres contextes. Le terme "compétence" a, en quelque sorte, le défaut de pouvoir être employé pour n'importe quelle activité humaine, voire animale, et ce faisant d'entraîner l'occultation du cadre social dans lequel cette activité est effectuée. Or que cherche-t-on? On ne cherche pas à faire une théorie universelle de l'activité humaine, mais bien la théorie de cette activité particulière, historiquement datée et située, qu'est le travail, dont l'invention coïncide avec l'émergence du rapport capital-travail.

Références, commentaires, notes critiques

en cours de recension

compte-rendu
note critique
notice bibliographique
commentaire

- Gangloff B., Profession recruteur, profession imposteur, L'Harmattan, 2000, 208 p. http://books.google.fr/books?hl=fr&lr=&id=_QJJGZ0TQ6EC&oi=fnd&pg=PA11&dq

quelques citations

Voir aussi

✔ Freyssenet M., “Le processus de déqualification-surqualification de la force de travail”, CSU, Paris, 1974, 247 p. Deuxième édition écourtée et légèrement modifiée : Freyssenet M., Qualification du travail : tendances et mises en question, Paris, La Documentation française, 1975, 198 p. Troisième édition augmentée d'un chapitre: Freyssenet M., La division capitaliste du travail, Paris, Savelli, 1977, 221 p.

✔ Freyssenet M., “L’invention du travail”, Actes du Colloque Interdisciplinaire - Travail: recherche et prospective", CNRS/PIRTTEM, 1992, pp 65-74. Republié: Freyssenet M., “L’invention du travail”, Futur antérieur, n°16, 1993/2, pp 17-27. Version modifiée et augmentée, Freyssenet M., “Historicité et centralité du travail”, in Jacques Bidet, Jacques Texier (dir.), La crise du travail, PUF, Paris, 1995, pp 227-244. Version modifiée et augmentée en anglais, Freyssenet M, “Emergence, Centrality and End of Work”, Current Sociology, 1999, vol 47, n°2, pp 5-20.

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Date de la dernière mise à jour de la fiche de présentation

2006.02.20

Date de mise en ligne de la version téléchargeable

2006.02.20, “Peut-on parvenir à une définition unique de la qualification ?”, in La qualification du travail: de quoi parle-t-on?, La Documentation française, Paris, I978, pp 67-79.

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