Fixer, puis libérer les ouvriers de métier

Références des différentes versions

✔ Freyssenet M., “D’une tentative à une autre: fixer puis libérer les ouvriers de métier”, Annales de la Recherche Urbaine, n° spécial, Vie quotidienne en milieu urbain, Colloque de Montpellier, Paris. CRU, 1980, pp 25-45. Édition numérique, freyssenet.com, 2006, 170 Ko.

✔ Freyssenet M., « Division du travail, pratiques ouvrières et pratiques patronales. Les ouvriers sidérurgistes chez de Wendel, 1880-1974 », CSU, Paris, 1978, 34 p. Édition numérique, freyssenet.com, 2006, 160 Ko.

Les deux versions sont téléchargeable en allant à la fin de cette page.

Bien que publié après le deuxième, le premier texte a été écrit avant, pour le colloque « Vie quotidienne en milieu urbain », qui a eu lieu en février 1978. Le deuxième texte reprend l’essentiel du premier. L’introduction et la conclusion ont toutefois été changées pour mieux mettre en valeur la portée de la démarche adoptée. Des notes et des références ont été également ajoutées. Ce deuxième texte était resté à l'état de document de travail. Il est publié à proprement parler pour la première fois. Le plan en est donné ci-dessous.

Résumé

Le savoir et le pouvoir des ouvriers de métier sur la production dans la sidérurgie avaient conduit le patronat de ce secteur à tenter de les fixer et de les discipliner par une politique dite « paternaliste », à défaut de pouvoir s’en passer. Cette politique ignorait l’autre catégorie ouvrière, celle des manœuvres numériquement aussi importante, dont la précarité, non seulement ne posait pas problème, mais était même entretenue. La politique « paternaliste » visait donc à organiser la vie des seuls ouvriers de métier, afin de réduire l’instabilité et l’indiscipline chroniques que leur pouvoir sur la production leur permettait d’afficher. Elle n’a, semble-t-il, que modérément modifié leurs pratique de travail et leur mode de vie jusqu’en 1914. L’ouvrier sidérurgiste n’était pas ce « petit travailleur infatigable », qu’une représentation misérabiliste et finalement condescendante a récemment voulu donné de la classe ouvrière d’avant la grande guerre. C’est le marasme économique, la crise de l’entre-deux-guerres et le chômage qui auront raison de l’instabilité et de l’indiscipline ouvrières, alors même que le patronat local n’avait plus les moyens financiers de poursuivre une politique « paternaliste » aussi active qu’avant.

La mécanisation des nouvelles usines, puis leur automatisation, ont été réalisées par une division accrue de « l’intelligence » de la production, en la centralisant sur une catégorie de salariés, appelée à croître rapidement, les ingénieurs. L’enjeu des rapports concrets de production en a été changé. Les directions d’entreprise n’avaient plus à se soucier de fixer des ouvriers de métier devenus inutiles dans ces usines. Leur préoccupation devint de disposer en nombre suffisant d’ « opérateurs » et d’ouvriers d’entretien spécialistes. Elles les attirèrent dans une région qui en était alors dépourvue par une politique de logement dans de « grands ensembles », les premiers dans une France marquée par la crise du logement. L’objectif n’était plus de fixer et de discipliner des ouvriers impossibles à remplacer rapidement, mais de toujours disposer d’une main-d’oeuvre devenue plus facilement interchangeable, en lui offrant des conditions de logement inégalées à l’époque. C’est donc par un abus de mot et par facilité intellectuelle que l’on a continué de parler de « politique paternaliste », obérant ainsi la compréhension de la nouvelle période. Il s’est agi en fait d’une « politique de logement ». Il est à noter que cette politique ignora, tout comme celle qui l’avait précédée, les manœuvres qui durent comme par le passé trouver logis dans des baraquements, meublés et autres foyers.

Le détour par l’histoire de la division capitaliste du travail pour rendre compte des pratiques ouvrières et patronales montre in fine sa fécondité. Cette approche oblige en effet à énoncer quel était l’enjeu concret de la production dans chaque catégorie d’usines, compte tenu du stade de la division du travail qu’elle matérialisait. En situant chaque catégorie ouvrière par rapport à cet enjeu, il a été notamment possible de percevoir que la « politique paternaliste », abusivement généralisée dans les écrits sur les régions sidérurgiques, n’était destinée en fait qu’aux ouvriers de métier indispensables à la réalisation de la production. Elle a ensuite fait « voir » sous l’apparente continuité de cette politique après guerre l’émergence d’une « politique de logement » visant de tout autres buts. Elle a enfin fait apparaître les trajectoires différenciées des catégories ouvrières, anciennes et nouvelles, dans le long processus de restructuration de la sidérurgie.

Plan

Introduction
1. Le pouvoir des ouvriers de métier dans la production sidérurgique
2. Les ouvriers manœuvres, exclus du monde Wendelien
3. La tentative patronale pour fixer les ouvriers de métier
4. …et pour les discipliner
4.1. Obtenir le niveau de production souhaité
4.2. Discipliner la consommation ouvrière par les "économats" et les "jardins ouvriers"
4.3. Rendre toute organisation autonome des travailleurs inutile ou impossible
5. L’efficacité relative des mesures prises. Quelques pratiques ouvrières avant 1914
6. La fixation des ouvriers de métier durant l’entre-deux-guerres, alors que la « politique paternaliste » n’a plus les moyens de ses ambitions
7. Les débuts de l’automatisation de la production sidérurgique et la formation d’une nouvelle classe ouvrière. Loger et contrôler sans fixer
8. Cohabitation de deux classes ouvrières, croissance et crise
9. Se libérer des ouvriers de métier
10. Restructuration et trajectoires ouvrières
10.1. Le nouveau visage du bassin sidérurgique lorrain
10.2. Les ouvriers de métier
10.3. Les OS 1 et les manoeuvres de force
10.4. Les opérateurs
10.5. Les professionnels de l'entretien
11. L’enjeu des rapports de production et la démarche adoptée

Mots-clés

Sidérurgie, Mines, rapport social, rapports de production, division du travail, changement technique, organisation du travail, conditions de travail, savoir-faire, implication, formation, catégories professionnelles, relations industrielles, luttes sociales, politiques patronales de gestion de la main-d’oeuvre.

Disciplines concernées

Anthropologie, Économie, Gestion, Géographie, Histoire, Histoire des Sciences et des Techniques, Sciences cognitives, Science de l’ingénieur, Science du politique, Sociologie.

Contexte d’écriture

Contribution
à l’évolution du questionnement personnel
à la production scientifique du réseau ou du laboratoire d’appartenance
au débat scientifique national et international
à la diffusion des résultats de la recherche
à la valorisation des résultats de la recherche

Références, commentaires, notes critiques

Pertinence actuelle

Voir aussi

Freyssenet M., Imbert F., “La centralisation du capital dans la sidérurgie: 1945-1975”, Paris, CSU, 1975, 108 p.

Freyssenet M., Imbert F., “Capital sidérurgique et classe ouvrière en Lorraine. Données statistiques. 1945-1975”, Paris, CSU, 1976, 350 p.

✔ Freyssenet M., La sidérurgie française. 1945-1979. Histoire d’une faillite, Paris, Savelli, 1979, 241 p.

✔ Freyssenet M., “Crise de la sidérurgie lorraine et échec de la diversification industrielle”, Archivio di studi urbani e regionali, Milan, Franco Angeli Editore, n° 16, 1983, pp 67-81.

✔ Freyssenet M., Omnès C., La crise de la sidérurgie française, Hatier, Paris, 1982, 80 p. Édition numérique, freyssenet.com, 2010, 4,5 Mo, ISSN 7116-0941.

Date de mise en ligne des textes

2006.02.17

Date de la dernière mise à jour de la fiche de présentation

2015.08.13

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D une tentative a une autre Fixer puis liberer les ouvriers de metier Le cas de Wendel.pdf411.44 KB
Division du travail, pratiques ouvrieres et pratiques patronales. Les ouvriers siderurgistes chez de Wendel.1880 1974 .pdf490.28 KB