Optimiser le processus collectif de la découverte

Référence

Freyssenet M., « Optimiser le processus collectif de la découverte », éditions numériques, etats-generaux-paris.dyndns.org, 2004; recherche-en-shs.apinc.org, 2004; freyssenet.com, 2006, 100 Ko.

Ce texte est téléchargeable en allant à la fin de cette page. Il a d'abord été mis en ligne sur le site de Sauvons la Recherche-Paris et sur le site Recherche en SHS.

Résumé

Pour faire une évaluation correcte et penser une réforme pertinente du système français de recherche, encore faut-il avoir pris le temps d’analyser l’activité de recherche elle-même et ses exigences pour être féconde. Or les appréciations lapidaires de certains membres du gouvernement actuel témoignent d’une ignorance (feinte ou réelle) de ce qu’est le travail de recherche. Quant aux propositions de réformes déjà avancées par certains chercheurs, universitaires, responsables d’organisme, dirigeants politiques et syndicalistes, elles se dispensent à tort d’un retour réflexif sur les pratiques scientifiques et les conditions de fécondité de la recherche aujourd’hui. Dès lors les changements organisationnels suggérés ne sont justifiés que par des arguments rhétoriques ou d’autorité qui ne peuvent que générer malaise et divergences.

Si l’on veut construire un accord robuste entre les acteurs de la recherche, il nous faut ouvrir la « boîte noire » qu’est pour beaucoup cette activité et examiner sur quels points ses exigences viennent ou non en contradiction avec les logiques institutionnelles dans lesquelles les chercheurs sont placés. C’est à cette condition, qu’il sera possible de trouver des solutions innovantes et ce faisant de dépasser les tensions et de lever les incompréhensions, notamment entre représentants de la nation, financeurs, chercheurs, enseignants-chercheurs, praticiens, acteurs sociaux en général.

La mission générale de la recherche est de rendre plus intelligible, plus prévisible et plus maîtrisable le monde dans ses composantes physique, biologique, sociale et humaine. Sa mission particulière est de contribuer au développement économique, social et culturel de l’entité politique qui la finance et au rayonnement de celle-ci. Les chercheurs français contribuent efficacement, comme cela leur est reconnu internationalement dans un grand nombre de disciplines, à l’intelligibilité du monde, honorablement à sa prédictibilité, mais mal à sa maîtrise, c’est-à-dire à la partie de leur mission générale la plus sensible pour les acteurs politiques, économiques et sociaux.

Pourquoi en est-il ainsi, alors que les tentatives de réforme venant des autorités de tutelle, comme les initiatives des chercheurs eux-mêmes pour faire évoluer leurs pratiques, ont été nombreuses depuis au moins trois décennies ? Les raisons de ce bilan nuancé et de ce relatif échec dans les réformes se trouvent dans les incohérences non traitées et parfois non perçues entre d’une part les exigences de la recherche pour être féconde et d’autre part le système français de recherche.

Les découvertes petites ou grandes, faites par quelques-uns, résultent en réalité d’un processus collectif occulté, oublié, dans lequel les résultats, les informations, les hypothèses infirmées, les erreurs, les réflexions de ceux qui ne trouvent finalement pas ou peu jouent un rôle essentiel. Rien n’étant mono-causal, y compris en laboratoire, les chercheurs doivent imaginer, explorer, tester un nombre a priori indéterminé de possibilités pour mieux comprendre un phénomène, que celui-ci soit physique, biologique, social ou humain. Ce travail est hors de portée d’un chercheur ou d’une équipe, même avec les équipements les plus puissants. Ce qui importe, du point de vue de la fécondité de la recherche et du bon usage des deniers publics, associatifs ou privés, ce n’est pas tant de sélectionner « les meilleurs » et de créer des « pôles d’excellence », que d’optimiser le processus collectif de la découverte.

Les conditions pour optimiser ce processus, pour mener de manière la plus efficace et la moins coûteuse possible l’œuvre paradoxale de destruction créatrice de savoirs qu’est la science, semblent bien être les suivantes :
- l’enquête et l’analyse comparatives de longue durée sur le terrain par des chercheurs expérimentés, libres de leurs orientations scientifiques, appartenant à des disciplines différentes, coopérant entre eux et disposant de moyens suffisants et appropriés.
- la confrontation effective et directe des points de vue différents, la réalisation concertée des opérations de recherche susceptibles d’aider à les dépasser, le débat contradictoire sur les résultats et les schémas d’analyse élaborés à partir d’eux, l’explicitation régulière et collective de l’évolution des termes du questionnement scientifique.
- la fixation des sujets prioritaires, des programmes de recherche, des recrutements et des budgets des organismes, après confrontation démocratique et ajustements transparents des questions de recherche des chercheurs avec les attentes et les questions pratiques des acteurs
- la diffusion de « l’esprit de recherche » et de la recherche dans la société, particulièrement dans certains secteurs d’activité : enseignement, médecine, ingénierie, espace, urbanisme, gestion, etc.

Le système français de recherche remplit partiellement la première condition, mal la seconde et la troisième, et très insuffisamment la quatrième. Il doit être dit cependant qu’il est, comparativement à tous les systèmes de recherche connus, celui qui offre les conditions de fécondité les plus favorables sur le plan de la connaissance. Il est vrai en revanche, qu’il n’en va pas de même sur le plan des applications.

Plan

1. La recherche (programmes, structures, moyens, statuts, personnels et résultats) doit être évaluée et réformée au regard de ses missions, ce qui va de soi, mais aussi de ses exigences pour être féconde, ce qui est généralement oublié
2. La mission générale de la recherche
3. Les conditions de fécondité de la recherche
4. Continuité, expérience, liberté intellectuelle, coopération inter-disciplinaire, moyens suffisants et appropriés
5. La confrontation effective des points de vue, la réalisation concertée des opérations de recherche susceptibles d’aider à les faire évoluer, l’explicitation collective de la transformation des termes du questionnement scientifique
6. La fixation des priorités, des programmes de recherche, des recrutements et des budgets après confrontation et ajustement des questions de recherche des chercheurs avec les questions et attentes pratiques des acteurs
7. La diffusion de « l’esprit de recherche » et de la recherche dans la société, notamment dans certains secteurs d’activité : enseignement, médecine, ingénierie, urbanisme, gestion, droit, etc.
Conclusion

Mots-clés

Recherche, évaluation des systèmes de recherche, conditions de fécondité, applications scientifiques, coopération scientifique, découverte, l’emploi scientifique

Disciplines concernées

Toutes disciplines

Contexte d’écriture

Débat préparatoire aux Assises de la Recherche, d’abord au CSU, puis au sein de la commission « Évaluation » du Comité inter-local Paris de SLR (Sauvons la Recherche).

Contribution
à l’évolution du questionnement personnel
à la production scientifique du réseau ou du laboratoire d’appartenance
au débat scientifique national et international
à la diffusion des résultats de la recherche
à la valorisation des résultats de la recherche

Références, commentaires, notes critiques

Pertinence actuelle

Voir aussi

Freyssenet M., La Lettre du GERPISA, Juin-juillet 2004 (n° 177), « Le processus collectif de la découverte », (version anglaise: « The collective process of discovery »), pp 3-6.

Freyssenet M., « La recherche, sport collectif », Libération, rubrique Rebonds, 28.10.2004.

Freyssenet M., La Lettre du CSU, Juin 2004 (n° 20), « Contribution au débat sur la recherche, au CSU », p. 4.

✔ Freyssenet M., « Formes de coopération en sciences sociales et résultats de recherche. Brèves remarques sur deux réseaux interdis-ciplinaires et internationaux : l'IMVP et le Gerpisa », Genèses, n°43, juin 2001, pp 128-144. Édition numérique, freyssenet.com, 2007, 296 Ko, ISSN 7116-0941.

Autres sites de publication

http://etats-generaux-paris.dyndns.org/
http://recherche-en-shs.apinc.org/article.php3?id_article=73

Date de la dernière mise à jour de la fiche de présentation

2006.02

Dates de mise en ligne des versions téléchargées

2006.02, Freyssenet M., « Optimiser le processus collectif de la découverte », éditions numériques, http://etats-generaux-paris.dyndns.org/, 2004 ; http://recherche-en-shs.apinc.org/article.php3?id_article=73 , 2004; http://freyssenet.com/?q=fr/node/369 , 2006, 100 Ko.

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