La sidérurgie française, 1945-1979. L'histoire d'une faillite. Les solutions qui s'affrontent

Référence

Freyssenet M., La sidérurgie française. 1945-1979. L'histoire d’une faillite. Les solutions qui s’affrontent, Paris, Savelli, 1979, 241 p. Édition numérique, freyssenet.com, 2006, 3,9 Mo.

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Résumé

La « faillite » des entreprises sidérurgiques françaises en 1979 avait conduit l’État à en prendre le contrôle à l’initiative du gouvernement de Raymond Barre, avant les nationalisations de la Gauche en 1981. Quatre grandes questions étaient alors posées. Comment des Sociétés, parmi les plus puissantes du pays, avaient-elles pu se laisser acculer banalement à la faillite ? Pourquoi l’État, partie prenante de toutes les grandes décisions depuis la dernière guerre, n’avait-il pu enrayer ce processus et organiser la diversification industrielle des régions sidérurgiques ? Pourquoi les travailleurs avaient-ils été contraints de réagir une fois de plus le dos au mur, alors que depuis 1966 la question de la modernisation et de la restructuration des usines sidérurgiques était posée ? Est-ce que la prise de contrôle par l’État et les choix industriels faits étaient susceptibles de remettre la sidérurgie sur pied?

Les explications avancées ne manquaient pas : incompétence technique d'un patronat "familial", incohérence des politiques gouvernementales des prix de l'acier, libéralisme de la CECA, recherche du profit maximum, confusion des responsabilités entre l'État et les sociétés sidérurgiques, etc. Aucune d’elles ne rendait compte des contradictions successives dans lesquelles les acteurs concernés, Sociétés sidérurgiques, Industries consommatrices d’acier, travailleurs, syndicats, État, CECA, etc. avaient été placés depuis 1945.

Les travaux antérieurs sur la division du travail conduisaient à émettre l’hypothèse que la sidérurgie française, lorraine en particulier, n’avait pas su réaliser les deux changements de stade de cette division (mécanisation, puis automatisation) dans des conditions économiques et sociales telles que les contradictions que ces changements impliquent soient surmontées. Trois conditions sont en effet nécessaires pour que le passage d’un stade à un autre de la division capitaliste du travail se fasse sans crise : être en mesure de rassembler les capitaux suffisants pour réaliser les investissements considérables qui sont alors nécessaires; faire admettre aux salariés les nouvelles techniques productives et la nouvelle organisation du travail et de la production ; maîtriser enfin le marché, c'est-à-dire maîtriser la filière qui va des fournisseurs aux consommateurs.

L’ouvrage teste cette hypothèse en retraçant minutieusement l’histoire de la sidérurgie, et notamment l’histoire de la confrontation de ses principaux acteurs. Six périodes sont distinguées. À la Libération, les usines sidérurgiques étaient encore peu mécanisées. Dans le même temps, la main-d'oeuvre constituée pour l'essentiel d'ouvriers de métier et de manœuvres avait été fortement réduite et dispersée en raison de la guerre. L'occasion de généraliser la mécanisation et de transformer la composition de la classe ouvrière au profit des machinistes et des ouvriers d'entretien mécanique et électrique, sans avoir à affronter la classe ouvrière traditionnelle , n'a pas été saisie. Le patronat de la sidérurgie ne croit pas alors en effet en la capacité de l'industrie française de transformation de devenir grande consommatrice d' « aciers plats », , à l'instar de l'industrie américaine, et préfère conserver ses marchés traditionnels à la grande exportation de « produits longs » (poutrelles, barres, tubes, fils, etc), pour lesquels une modernisation immédiate ne s'impose pas.

Craignant dans un premier temps non sans raison la nationalisation, puis retardant toujours plus loin le moment de fusionner, de se regrouper ou de se coordonner, en raison de leur taille équivalente et de leur prétention à prendre chacune la tête du regroupement, les sociétés créent un établissement coopératif de drainage de l'épargne (le GIS) pour préserver leur indépendance et se contentent de deux usines neuves entièrement mécanisées de laminage continu de moyenne capacité (Denain et Sollac). Ces usines se juxtaposent aux usines anciennes que l'on remet en état et pour lesquelles on reconstitue une classe ouvrière traditionnelle.

Dès ce moment-là les trois contradictions essentielles de la sidérurgie française se sont formées: une classe ouvrière nombreuse, en sursis de division du travail, concentrée dans des bassins mono-industriels, totalement dépendante de l'activité sidérurgique; un divorce entre l'industrie de transformation française réclamant sans succès des aciers plats de qualité à des prix compétitifs et devant s'approvisionner à l'extérieur au prix fort, et une sidérurgie qui préfère d'abord exporter sur le marché à la grande exportation, reconstituer ainsi et plus rapidement selon elle, ses capacités d'autofinancement, pour ensuite investir massivement; enfin une lutte incessante entre des sociétés de taille équivalente, trop nombreuses pour mobiliser sur des projets à productivité élevée les capitaux nécessaires et éparpillant, de ce fait, les leurs, sur des opérations secondaires. Le calcul des dirigeants de la sidérurgie a paru se justifier à la fin des années 50. La création de la CECA (Communaute Européenne du Charbon et de l’Acier), le boom de la demande d'acier, les prix élevés ont produit des marges bénéficiaires, autorisant à concevoir de vastes programmes d'investissement et à espérer ainsi pouvoir satisfaire le marché national tout en maintenant un fort courant d'exportation. De plus, la poursuite de la croissance devait faciliter la substitution en douceur de la classe ouvrière du stade de la mécanisation généralisée à la classe ouvrière traditionnelle.

Mais, ailleurs, d'autres sidérurgies avaient su et pu imposer dans le même temps une division du travail plus poussée et parvenir ainsi à une productivité plus élevée. Aussi suffit-il du ralentissement de la demande au début des années 60 avec la fin de la période dite de reconstruction, pour que la sidérurgie française voit les hypothèses de production, de prix et de bénéfices, sur lesquelles elle fondait ses espoirs de résoudre ses contradictions, s'effondrer. L'industrie française de transformation, qui avait été peu et mal approvisionnée, n’est pas venu alors à son secours et est restée fidèle aux sociétés étrangères, notamment belges qui avaient su lui livrer les aciers dont elle avait besoin. Non seulement le 4ème plan n'a pas été réalisé, mais le 5ème n'était pas finançable. De plus, il ne suffisait plus de généraliser la mécanisation, il fallait commencer à automatiser. Enfin, à la crise sociale s'est ajouté une crise régionale. L'État a dû dès ce moment-là intervenir et aider les sociétés à surmonter leurs difficultés en participant au financement des reclassements, de la diversification industrielle, des investissements, sous réserve que les entreprises fusionnent, rationalisent et modernisent sans accroître leur capacité, coordonnent leur programme et concluent un accord avec les syndicats. Il a fallu cependant une grève d'un mois en 1967 pour que le principe du droit au reclassement, en cas de licenciement, soit effectivement reconnu.

Les hypothèses qui fondaient la « convention Etat-sidérurgie » signée alors furent peu de temps après bouleversées par le renversement de conjoncture économique, politique et sociale de 1968. Une forte demande d'acier et une envolée de prix firent place à la période de médiocre croissance des années précédentes. Les salaires augmentèrent et surtout le temps de travail fut sensiblement réduit, alors qu'il devait rester constant. Les syndicats estimèrent que les événements avaient confirmé leur analyse: une relance de la consommation populaire, une réduction du temps de travail permettent, disaient-ils, d’éviter les licenciements. De fait, les sociétés se mirent à réembaucher, à différer les arrêts d'installation, à temporiser pour se regrouper et harmoniser leurs investissements. Elles crurent, mais chacune pour elle-même, et le gouvernement avec, que le calcul qui avait échoué début 60 pouvait réussir maintenant. Au lieu de surmonter les contradictions dans le drame et la stagnation, on espéra à nouveau les surmonter plus en douceur dans la croissance, par le doublement de Dunkerque et la création de Fos, dont les bénéfices immédiatement attendus devaient servir à restructurer définitivement les bassins anciens.

Ce double pari sur l'avenir, cette fuite en avant qui réconcilie un instant tout le monde, se révélèrent fonder sur une appréciation erronée des rapports de force internationaux, tant de la part du patronat, de l'État que des syndicats. Les premiers soubresauts de la crise à venir qui se manifestèrent en 1971 par une baisse de la demande d'acier et des prix, dévoilèrent l'incapacité des sociétés, lorraines en particulier, de poursuivre le financement de la construction de Solmer à Fos. Dans le même temps, les travailleurs étaient toujours aussi nombreux dans les bassins traditionnels, toujours aussi mono-industriels.

Un nouveau plan de restructuration dut être appliqué en urgence. Celui-ci ne provoqua pas de mobilisation ouvrière contrairement au précédent. L'unité syndicale, toujours difficile, vola en éclats après 1968. Chaque fraction de la main-d'œuvre réagit en fonction de l'avenir qui allait être le sien dans le processus de passage à l'automatisation. À la différence du plan précédent de restructuration, le Plan de la « Convention » a été appliqué, malgré la brusque et éphémère flambée des prix et de la demande en 1973-1974, avant la chute de 1975 et des années suivantes. La crise de longue durée qui commence alors frappe la sidérurgie française au moment même où elle est à son endettement maximum et où elle dispose de nouvelles capacités de production.

Gouvernement et sociétés essaient, en vain jusqu'en 1980, d'obtenir des mesures communautaires efficaces pour limiter la guerre concurrentielle suicidaire que les sidérurgies de la CECA se livrent entre elles. Constamment fondés sur des hypothèses de relance et toujours plus coûteux, les trois plans de restructuration successifs élaborés depuis 1975 ont été régulièrement dépassés quelques mois après leur adoption.

Le processus de faillite de la sidérurgie n’a pas été le fruit de l'incompétence d'un patronat familial, ou bien du laisser-faire de la CECA, ou bien encore de l'interventionnisme de l'État, mais des trois contradictions sociales qui se sont formées au cours des années 50, en pleine euphorie de l'expansion, et que les forces sociales et les acteurs en présence ont perpétuées par leur action contradictoire.

Plan

Introduction : Quatre questions

1. Exporter de l’acier ou des automobiles, 1945-1953
1.1. C’est au cours de la période 1945-1954 que se mettent en place certaines des conditions des difficultés futures, tant pour le patronat de la sidérurgie que pour l’État et les travailleurs
1.2. Le « procès de travail » type dans une usine sidérurgique intégrée en France après guerre, et les produits sidérurgiques
1.3. État, capacité et répartition des usines sidérurgiques françaises à la Libération. Leur place dans la production mondiale
1.4. La division du travail dans la sidérurgie française est en retard sur celle des industries de transformation et sur celle des sidérurgies américaine, anglaise et allemande
1.5. D’un point de vue capitaliste, les choix stratégiques à faire dans l’immédiat après-guerre : rassembler des moyens financiers important pour réaliser des unités intégrées mécanisées, de grande capacité et orientées vers la fabrication de « produits plats » et de « fil machine » en acier de qualité
1.6. De 1945 à 1948, les sociétés sidérurgiques attendent pour investir la stabilisation politique et sociale du pays
1.7. « Ne pas lâcher la proie pour l’ombre » disent les patrons de la sidérurgie. Les exportations de produits manufacturés ne sont qu’une perspective. Il ne faut aucune restriction aux exportations d’acier. Le patronat de la sidérurgie ne croit pas dans le développement de l’industrie française de transformation
1.8. Les risques sociaux et financiers de la « modernisation ». L’utilisation exclusive des meilleures installations existantes entraînerait des fermetures d’usine. Les installations nouvelles mécanisées exigent des capitaux importants que les Sociétés ne peuvent rassembler qu’en fusionnant
1.9. Le 1er Plan (1947-1952) est, surtout dans les opérations concrètes qu’il prévoit, un compromis entre le volontarisme gouvernemental de 1946, la volonté des sociétés sidérurgiques de garder le maximum de liberté, et la pression des représentants des industries de transformation
1.10. Le choix de deux « trains à large bande » de capacité moyenne pour le laminage en continu de tôles limite les risques financiers et sociaux
1.11. Le « rapiéçage » des usines anciennes est la conséquence logique de fusions de sociétés insuffisantes
1.12. Les objectifs de production du 1er Plan sont grosso-modo atteints, mais pas les objectifs de productivité et de restructuration
1.13. La CECA et le retour à la « libre entreprise »
1.14. Le 2ème Plan (1953-1956) fixe comme objectif une augmentation insuffisante de la capacité de production d’acier et de produits plats, à la veille d’une expansion sans précédent
1.15. L a reconstitution d’une classe ouvrière de type traditionnel nombreuse
1.16. L’apparition d’une nouvelle classe ouvrière, avec l’usine d’Usinor-Denain et de la Sollac, qui se juxtapose à la classe ouvrière de type traditionnel
1.17. Les syndicats face aux fusions de sociétés, à la CECA et à la mécanisation
1.18. La sidérurgie française à la veille de l’expansion

2. La bataille Sidérurgie - Industries de transformation, 1954-1960
2.1. Durant la période d’expansion 1954-1960, la contradiction patronat de la sidérurgie – patronat des Industries de transformation, qui ne s’était manifestée jusqu’alors que dans les débats d’orientation industrielle pour la France, va éclater concrètement. Quant aux organisations syndicales, elles peuvent encore éviter deux problèmes très difficile : la lutte contre la modernisation capitaliste et la nécessité d’engager des luttes au niveau international
2.2. Expansion, profits, « paix sociale » pour les Sociétés. Semaine de 55 heures, accidents du travail, stabilité de l’emploi et amélioration du niveau de vie pour les travailleurs
2.3. Cependant, la sidérurgie française ne profite pas pleinement de l’accroissement exceptionnel de la demande d’acier, comparativement à d’autres sidérurgies. Mais contrairement à l’explication patronale, ce n’est pas fondamentalement en raison de la politique gouvernementale des prix
2.4. La moindre progression de la sidérurgie française tient à l’insuffisance de sa capacité de production de fonte et d’acier. Les industries françaises de transformation manquent d’acier
2.5. Le prix de revient élevé de la fonte, dû à la quasi-absence d’atelier d’agglomération du minerai et du coke, diminue les marges bénéficiaires
2.6. L’insuffisante orientation de la capacité de laminage vers les « produits plats », le « fil machine » et les « ronds à béton » empêche de tirer tout le profit possible de leurs prix de vente plus rémunérateurs
2.7. Lors de la préparation du 3ème Plan (1957-1960), le patronat doute encore de la poursuite de l’expansion
2.8. Les installations neuves sont de faible capacité. Les Sociétés ne se groupent pas pour s’équiper en commun
2.9. Le 3ème Plan est exécuté avec retard en raison des incertitudes politiques, alors que pour une fois les moyens financiers sont là
2.10. La non-valorisation de l’acier produit par sa non-transforamtion au sein des Sociétés
2.11. Ce que cache la grande querelle des prix de l’acier : des intérêts contradictoires entre capital sidérurgique et capital des Industries de transformation, et l’incapacité de l’État à résoudre la contradiction
2.12. Les choix stratégiques capitalistes à faire au milieu des années 1950 : les usines littorales et l’acier à oxygène pur
2.13. La tentative pour résoudre la contradiction capital sidérurgique – capital des Industries de transformation et pour effectuer les choix stratégiques indispensables : Plan Intérimaire de 1960 et 4ème Plan
2.14. Sous l’euphorie, la préparation de la crise financière
2.15. La mise en place de la crise sociale et régionale
2.16. Pour les travailleurs, les effets de la « modernisation » sont perceptibles, mais ne les affectent pas encore dans leur grande masse, sauf dans les mines de fer
2.17. Les travailleurs, la CECA et la concurrence capitaliste fondée sur l’inégale exploitation des travailleurs selon les pays

3. L’affrontement avec la classe ouvrière, 1961-1967
3.1. Durant la période 1961-1967, les Sociétés sidérurgiques sont contraintes d’affronter la classe ouvrière et de se regrouper
3.2. Le pari financier est perdu. La production stagne, les prix chutent. Les profits baissent. La tentative de résoudre la contradiction Sidérurgie – Industries de transformation échoue
3.3. Au lieu de réagir vite, de se regrouper et de rassembler leurs ressources, les Sociétés sidérurgiques ajournent les travaux, attendent la reprise de la demande et espèrent éviter les fusions. Les autres sidérurgies font l’inverse
3.4. La « crise » de la fonderie. La fermeture des usines d’Aubrive, d’Auboué, de Saulnes et de Villerupt. Le passage à l’automatisation organisé par Pont-à-Mousson. Le sauvetage des Hauts-Fourneaux de Saulnes et Uckange par Usinor
3.5. La crise des mines de fer. Les recommandations de la « Table ronde ». La grève de Trieux : 79 jours d’occupation du fond de la mine
3.6. Une étape nouvelle de la division du travail : l’automatisation. De nouveaux procédés : la coulée continue, la « réduction directe ». Une brèche dans le gigantisme : les mini-aciéries
3.7. Le patronat se déclare incapable d’atteindre les objectifs du 5ème Plan (1966-1970), en raison du « manque à gagner » que lui fait subir la politique gouvernementale des prix. Il réclame une aide accrue de l’État. Il veut lui faire gérer la crise sociale et régionale qui se prépare
3.8. Le pouvoir gaulliste cherche à résoudre la contradiction entre les Sociétés sidérurgiques et à limiter la crise sociale et régionale
3.9. La « Convention générale État-Sidérurgie » (1966). En contrepartie de prêts plus importants de l’État, les Sociétés sidérurgiques acceptent de se regrouper. L’usine neuve de Gandrange remplacera des capacités anciennes en produits longs. Le doublement de l’usine de Dunkerque accroîtra les capacités en produits plats. La deuxième usine littorale est renvoyée à plus tard
3.10. Les travailleurs sont affrontés à la contradiction : « modernisation capitaliste » ou défense du statu quo. Ils n’ont à gagner ni à l’une ni à l’autre. Les organisations syndicales ne parviennent pas à proposer une solution à cette contradiction
3.11. Une grève générale d’un mois déclenché sans revendication contre la logique capitaliste en avril 1967. « Mai 1968 », un an en avance en Lorraine. Des potentialités non utilisées. La signature de la « Convention sociale ». Pour la première fois dans le secteur privé, le principe « pas de licenciement sans reclassement » est accepté
3.12. Usinor absorbe Lorraine-Escaut. Des choix simples, clairs, efficaces et brutaux
3.13. La constitution difficile de Wendel-Sidelor. La lutte pour la direction entre de Wendel et Pont-à-Mousson. Une fusion sans restructuration réelle. Les erreurs commises dans la conception de l’usine neuve de Gandrange
3.14. Le regroupement dans la sidérurgie fine a été plus tardif mais plus complet
3.15. Deux Sociétés passent sous le contrôle de groupes sidérurgiques belges : La Providence (Longwy) et Neuves-Maisons
3.16. Les Sociétés sidérurgiques appartenant à de grands groupes industriels : les Fonderies de Pont-à-Mousson (Saint-Gobain-Pont-à-Mousson), la Société des Aciers Fins de l’Est (Régie Renault)
3.17. Une Société reste indépendante : la Société des Hauts Fourneaux de la Chiers (Longwy)
3.18. Le déclassement de la sidérurgie française
3.19. La réduction des effectifs de la sidérurgie
3.20. La préparation de la reprise de la consommation d’acier. La saturation progressive des « trains à large bande » et des « trains à froid »

4. La lutte entre de Wendel et Usinor. L’entrée en scène de la nouvelle classe ouvrière, 1968-1974
4.1. Alors que le « Plan Professionnel » prévoyait une faible progression de la demande et la stabilité des salaires et de la durée du travail, la demande augmente brutalement, à partir de 1968 et les travailleurs obtiennent des hausses importantes de salaire, des « glissements hiérarchiques », une sensible réduction du temps de travail et la mensualisation des salaires
4.2. À nouveau l’euphorie et les grands projets : construction de la deuxième usine littorale à Fos par Solmer, doublement de la capacité d’Usinor-Dunkerque (8 Mt). Le 6ème Plan (1971-1975) prévoit de porter la capacité française de production d’acier de 25,8 MT/an à 35,6 Mt/an, dont 55% d’acier à oxygène pur
4.3. Le bilan réel de la « Convention État-Sidérurgie » et le pari très risqué de Wendel-Sidelor
4.4. Un après le début des travaux de Solmer, Wendel-Sidelor n’est plus en mesure d’assurer le financement de la construction : Pont-à-Mousson veut se retirer de Wendel-Sidelor, les usines lorraines ne dégagent pas les bénéfices nécessaires et doivent être « reconverties ». Usinor entre dans Solmer
4.5. La grève de Knutange (mai 1971), première grève depuis 1967 ouvertement contre la logique capitaliste, est isolée et échoue. C’est le fruit des divisions syndicales de l’après-mai 1968. Wendel-Sidelor peut annoncer son « Plan de Conversion »
4.6. L’annonce brutale du « Plan de Conversion » de Wendel-Sidelor (octobre 1971) provoque « l’émotion » des milieux politiques qui ont en vue les élections législatives de février 1973. Après l’échec de la grève de Knutange, les travailleurs sont sceptiques sur la possibilité d’une lutte efficace. Les organisations syndicales manquent l’occasion de poser le problème régional d’un point de vue ouvrier
4.7. Alors que les économies des métropoles capitalistes entrent en crise, un boom spectaculaire de la demande et des prix de l’acier se produit en 1973 et 1974
4.8. Le déroulement du « Plan de Conversion » de Wendel-Sidelor devenu Sacilor-Sollac, ses effets régionaux et la situation des différentes fractions de la classe ouvrière et de la petite bourgeoisie dans le processus de restructuration
4.9. De nouveaux choix stratégiques à faire. La progression de la sidérurgie japonaise ne peut être contenue en raison de son mode de gestion de la main d’œuvre. L’apparition de sidérurgies dans les pays en voie d’industrialisation ne peut être empêchée. Les sidérurgies européennes ne peuvent restreindre les « exigences « de leurs classes ouvrières. Usines côtières, acier à oxygène pur et automatisation ne sont plus des gages suffisants de rentabilité. Les Sociétés sidérurgiques doivent s’intégrer dans de vastes groupes industriels de transformation et de construction mécanique pour exporter des équipements et de l’ingénierie, plutôt que de l’acier
4.10. La bataille pour la constitution en France d’un vaste groupe industriel intégré, du minerai de fer à la mécanique et à l’ingénierie. Usinor et Sacilor se disputent le contrôle de Creusot-Loire. L’échec d’Usinor et la constitution de Marine-Wendel
4.11. Pendant le boom de la demande et des prix de l’acier, la crise des sidérurgies des métropoles capitalistes se prépare. Les conditions ultimes de la faillite de la sidérurgie française se mettent en place

5. La sanction pour le patronat. La tentative de « mise au pas » du mouvement ouvrier, 1975-1978
5.1. L’effondrement de la demande et des prix de l’acier. Les principaux producteurs ne parviennent pas à retrouver leur niveau de 1974. En Europe, ce sont les productions françaises et italiennes qui reculent le moins
5.2. La crise, comme toutes les crises capitalistes, est la manifestation de la mise en place d’un nouveau stade de la division du travail et d’une nouvelle répartition spatiale de cette division. En Europe, la sidérurgie italienne et la sidérurgie allemande ont les plus grandes chances de sortir les moins affaiblies de la crise
5.3. La guerre économique à l’échelle mondiale entre les producteurs d’acier. L’échec des tentatives de régulation du marché international jusqu’en 1978
5.4. La commission de Bruxelles met trois ans pour adopter des mesures régulatrices du marché de la CEE et protectionnistes vis-à-vis des pays tiers, en raison des problèmes et des intérêts divergents des sociétés sidérurgiques européennes
5.5. En 1975, le gouvernement et le patronat ne croient pas en une crise de longue durée, et de nouvelles élections approchent. En contrepartie de nouveaux prêts du FDES et de la prise en charge par l’État d’une part importante de l’indemnisation des heures de « chômage conjoncturel », le gouvernement demande au patronat de ne pas licencier
5.6. La pari est perdu. La crise est une crise capitaliste de longue durée. Gouvernement et patronat sont dans l’incapacité politique de prendre des mesures à la hauteur de la gravité de la situation. Le long dévoilement du « Plan Acier » en 1977
5.7. L’enlisement de la lutte contre le « Plan Acier ». Alors que l’Union de la Gauche apparaît majoritaire dans le pays aux élections municipales, le mouvement ouvrier subit un recul sérieux dans la sidérurgie : des licenciements sans reclassement lui sont imposés. L’échec de la bataille de Thionville
5.8. Les constructeurs automobiles au secours de mesures d’industrialisation inefficaces. Mais les usines décentralisées de l’automobile, d’après els exemples existants, ne provoquent pas l’apparition d’industries sous-traitantes là où elles sont localisées
5.9. Les restructurations financières et industrielles ménagent toutes les hypothèses politiques, mais vont à l’encontre d’une réelle intégration industrielle Sidérurgie-Industries de Transformation
5.10. La nouvelle crise des mines de fer

6. La banalisation de la sidérurgie. La tentative d’une nouvelle stratégie syndicale, 1979
6.1. Les hypothèses de Jacques Ferry n’étaient pas « réalistes » et les élections sont passées. Le Plan Acier à peine adopté est dépassé
6.2. Le 20 septembre 1978, le gouvernement annonce que l’État prend le contrôle des Sociétés sidérurgiques. Les mesures financières qu’il a décidées et les choix industriels qu’il a fixés résultent d’un chassé-croisé d’intérêts et de contraintes des holdings sidérurgiques, du patronat des industries de transformation et du gouvernement
6.3. Les mesures prises par Sacilor-Sollac dissocient réduction d’effectifs et fermeture d’usines. Elles évitent de cumuler révolte ouvrière et révolte locale. Mais, même après les fermetures d’usine qui se feront dans un deuxième temps, l’ensemble industriel qui restera ne sera pas sans poser problème, d’un point de vue capitaliste
6.4. Les mesures prises par Usinor sont, comme à l’accoutumé brutales et radicales. Denain est condamné, y compris vraisemblablement son train à large bande dans les cinq ans à venir. La solution adoptée pour les usines de Lorraine témoigne d’une volonté de minimisation des coûts d’investissements pour tirer profit au maximum des installations existantes encore compétitives, le temps que ça durera
6.5. L’État organise la plus forte réduction d’effectif jamais réalisée dans la sidérurgie, en offrant peu de contreparties. Les travailleurs, le dos au mur, réagissent par la violence et le harcèlement permanent dans toutes les directions
6.6. Le coût de la faillite
6.7. À l’exception de la RFA et du Luxembourg, dans tous les pays européens producteurs d’acier, l’État a pris des participations importantes dans les Sociétés sidérurgiques pour leur éviter l’effondrement
6.8. L’échec de la Gauche aux élections législatives, la poursuite de la crise, la faillite de la sidérurgie ont amené la CGT et la CFDT à lier étroitement objectifs économiques et revendications sociales
6.9. Sous son aspect « assainissement financier », le plan gouvernemental a une cohérence et une logique précises, dont les conséquences politiques ne sont jamais explicitées

Conclusion
Bibliographie

Mots-clés

Sidérurgie, CECA, Usinor, de Wendel, Saint-Gobain-Pont-à-Mousson, Industries de transformation, hauts fourneaux, aciéries, laminoirs, histoire des entreprises, théorie de la firme, division du travail, mécanisation, automatisation, conditions de travail, qualification, savoir-faire, relations industrielles, conflits sociaux, stratégie syndicale, Europe

Disciplines concernées

Économie, Gestion, Géographie, Histoire, Histoire des Sciences et des Techniques, Science du politique, Sociologie.

Contexte d’écriture

Place
dans l’évolution du questionnement personnel
dans la production scientifique du réseau ou du laboratoire d’appartenance
dans le débat scientifique national et international
dans la diffusion des résultats de la recherche
dans la valorisation des résultats de la recherche

Références, commentaires, notes critiques

en cours de recension

compte-rendu
note critique

notice bibliographique, livre reçu

Revue économique, Année 1980, Volume 31, Numéro 1, pp. 177
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/reco_0035-2764_1980_num_31_1_408520
Politique étrangère, Année 1980, Volume 45, Numéro 1, pp. 258
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/polit_0032-342x_1980_num_45_1_3230

commentaire

Atlantico, De Wendel à Mittal : la sidérurgie française n'a-t-elle rien appris de ses erreurs ?, 29 novembre 2012

quelques citations

- in Delattre Michel, Eymard-Duvernay François. Sept catégories d'entreprises pour analyser le système productif. In: Economie et statistique, n°159, Octobre 1983. Dossier industrie. pp. 71-87. http://www.persee.fr/doc/estat_0336-1454_1983_num_159_1_4795.

- in Bruno Prati. ” La Fonte ardennaise ” et ses marchés : Histoire d’une PME familiale dans un secteur en déclin (1926-1999). History. Université de Franche-Comté, 2013. French. https://tel.archives-ouvertes.fr/tel-00940589.

- in Yanita Andonova, « L’atelier, l’opérateur et les TIC », Questions de communication, http://
questionsdecommunication.revues.org/2720

Pertinence actuelle

Voir aussi

Freyssenet M., Imbert F., “La centralisation du capital dans la sidérurgie: 1945-1975”, Paris, CSU, 1975, 108 p.

Freyssenet M., Imbert F., “Capital sidérurgique et classe ouvrière en Lorraine. Données statistiques. 1945-1975”, Paris, CSU, 1976, 350 p.

✔ Freyssenet M., “D’une tentative à une autre: fixer puis libérer les ouvriers de métier”, Annales de la Recherche Urbaine, n° spécial, Vie quotidienne en milieu urbain, Colloque de Montpellier, Paris. CRU, 1980, pp 25-45. Édition numérique, freyssenet.com, 2006, 170 Ko. Version modifiée de ✔ Freyssenet M., « Division du travail, pratiques ouvrières et pratiques patronales. Les ouvriers sidérurgistes chez de Wendel, 1880-1974 », CSU, Paris, 1978, 34 p. Édition numérique, freyssenet.com, 2006, 160 Ko.

✔ Freyssenet M., « Sidérurgie : bataille entre Paris et Bonn. La déroute ? », Libération, 24 octobre 1980, p.10. Édition électronique, freyssenet.com, 2006, 100 ko.

✔ Freyssenet M., "La division intellectuelle du travail de laminage de l’acier", communication au Deuxième Séminaire international "Crisis, nuevas technologias y processo de trabajo", UNAM, Mexico, 20-31 juillet 1981, 18 p. Édition numérique, freyssenet.com, 2006, 120k.

✔ Freyssenet M., “Crise de la sidérurgie lorraine et échec de la diversification industrielle”, Archivio di studi urbani e regionali, Milan, Franco Angeli Editore, n° 16, 1983, pp 67-81. En français par une revue italienne en première publication. Édition numérique, freyssenet.com , 2006, 160 Ko.

✔ Freyssenet M., Omnès C., La crise de la sidérurgie française, Hatier, Paris, 1982, 80 p. Édition numérique, freyssenet.com, 2010, 4,5 Mo, ISSN 7116-0941.

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Dates des mises à jour de la fiche de présentation

2006.02.09
2006.04.24

Date de mise en ligne de l’ouvrage

2006.04.24

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La siderurgie francaise, 1945 1979 L histoire d une faillite Les solutions qui s affrontent.pdf3.87 MB