Atelier d'embouteillage-verre. Analyse de la situation actuelle. Critique du projet d'automatisation. Propositions

Référence du texte

Freyssenet M., Atelier d'embouteillage-verre. Analyse de la situation actuelle. Critique du projet d'automatisation. Proposition d'une autre automatisation et d'une autre organisation, GIP MI, Paris, 1988, 40 pages. Édition numérique, freyssenet.com, 2015, 60 Ko, ISSN 7116-0941.

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Résumé

D'autres formes sociales d'automatisation sont-elles concevables? Conception conjointe d'une ligne automatisée d'embouteillage-verre et de l'organisation du travail à lui appliquer

L'affirmation que d'autres formes sociales d'automatisation sont concevables, à défaut d'être socialement possibles, et que donc les techniques productives sont de part en part sociales, se heurte à l'évidence d'un développement technique qui se présente comme unique. Elle impose, pour être crédible, que le chercheur dessine les traits des formes alternatives et se fasse en quelque sorte lui-même co-concepteur avec les personnels et les groupes susceptibles de vouloir et de promouvoir d'autres rapports de travail.

Les contre-performances, notamment économiques, constatées par les directions d'entreprises, de bon nombre d'installations automatisées implantées depuis le début des années 80, ont amené certaines d'entre elles à s'interroger sur les processus de conception et les formes d'automatisation. C'est dans un tel contexte qu'une société d'embouteillage-verre a accepté que soit suivie, et sociologiquement analysée, la conception d'une ligne automatisée, dès le moment de la décision d'investissement, et deux ans avant sa mise en service.

La recherche réalisée de décembre 1987 à juin 1988, a consisté tout d'abord à analyser le fonctionnement de la ligne automatisée, qui devait être remplacée, et le contenu du travail et les pratiques des ouvriers en atelier. Ensuite, à partir des constats résultant de cette enquête et de la volonté de l'encadrement de promouvoir un contenu et une organisation du travail qualifiants, il s'est agi d'établir les caractéristiques techniques d'une nouvelle ligne automatisée, qui aurait pour principe de conception de considérer les agents de fabrication et d'entretien, non comme un facteur évident d'incertitudes à maîtriser et un coût à minimiser systématiquement, mais comme la condition de la fiabilisation du système et de la qualité de la production.

La conduite performante d'installations automatisées, "extériorisant" les agents de fabrication et "médiatisant" et normalisant l'activité d'entretien, présuppose un certain nombre de conditions coûteuses et qui ne peuvent pas toujours être réunies. Tout d'abord, des approvisionnements strictement et durablement conformes aux exigences de bon fonctionnement des machines. Or, les approvisionnements sont soumis à des aléas qui s'imposent souvent, pour des raisons très variées, même à un "contrôle approvisionnement" scrupuleux et exhaustif. Il faudrait ensuite une fiabilité initiale des machines très élevée, et un entretien préventif systématique complet et approprié. Or, les fiabilités annoncées sous-estiment la dureté et la diversité des conditions d'exploitation. L'entretien préventif systématique intervient en fonction de fréquentes moyennes estimées, souvent en aveugle, par rapport à des spécificités de fonctionnement. Un traitement en profondeur des pannes serait également nécessaire. Or, les dépanneurs ont du mal, en raison des urgences qui arrivent souvent en cascade, à faire face, autrement qu'en faisant un dépannage permettant seulement une relance de la production, sans pouvoir remonter à la cause première. Les propositions de modifications, qu'ils peuvent être amenés à faire, mettant du temps à être étudiées, hiérarchisées, budgétées et réalisées, en raison du mode d'organisation de l'entreprise. Enfin, l'automatisation dans sa forme actuelle présuppose un personnel qui accepte durablement une activité définie et délimitée par ce que les automatismes ne savent pas encore faire, tout en restant motivé.

Ces conditions peuvent être réunies, avons-nous dit, et il est important de le souligner pour ne pas rêver à un nouveau rapport social s'imposant nécessairement. Mais elles ne le sont pas toujours et, quand elles le sont, le coût en est important, notamment dans la période actuelle de maturation de l'automatisation. La disponibilité des lignes de fabrication est une composante de la productivité globale, beaucoup plus importante que l'effectif à l'unité près et la compétence rémunérée strictement au niveau requis. Gagner quelques points de taux d'engagement, voire quelque dixième de point dans certains cas, est économiquement plus efficace que de rogner sur le personnel et la confiance qui peut lui être faite, surtout lorsque le travail d'agents qualifiés supplémentaires se révèle être la condition d'une disponibilité plus élevée. Si l'anticipation des arrêts et la fiabilisation des installations sont les conditions d'une efficacité productive, que l'on veut croissant rapidement et durablement, alors il faut que les équipes de conduite et d'entretien soient matériellement et organisationnellement en mesure de les assumer sans retard, et d'en avoir l'entière responsabilité. La conception des unités automatisées doit répondre à ces objectifs, sous peine de rendre vaines les mesures organisationnelles prises dans ce sens.

La recherche d'un encombrement réduit, la surestimation de la fiabilité des organes mécaniques et la prise en compte insuffisante de la maintenabilité par les constructeurs de machine, la demande par les rédacteurs des cahiers des charges d'une conduite possible par de la main-d'oeuvre sans qualification, parfois même des soucis esthétiques, ont amené à faire des machines des "boîtes noires" compactes et souvent verrouillées, créant des obstacles artificiels à la compréhension concrète de leur fonctionnement, empêchant de connaître les circonstances exactes des incidents et à rendre difficile la prévention de ces derniers. Bref, une installation productive ne peut être conçue comme le matériel électroménager ou un véhicule privé, qui répondent à d'autres objectifs et d'autres conditions d'usage. La qualité première de l'architecture d'une ligne automatisée et des machines qui la composent est de rendre ces dernières "lisibles", intelligibles par la clarté de leur fonctionnement, tant dans leurs parties opératives que dans leurs parties de transmission et de commande. La multiplication des voyants et des traitements automatisés ne peut générer une compréhension suffisante et sans risque du processus productif. L'accroissement du nombre des "sécurités", déclenchant des arrêts automatiques et disposant d'une surveillance continue intelligence, ne se justifie que si un taux de fiabilité très élevé est déjà atteint. Ce qui est loin d'être le cas. Chargé prématurément de tâches complémentaires, le conducteur se trouve dans l'impossibilité de procéder à une analyse de sa ligne. Au lieu de "sécurités" supplémentaires, il a surtout besoin d'outils d'enregistrement, d'observation, de calcul et de mémorisation lui permettant d'appréhender, de maîtriser et de fiabiliser son installation.

Mais une telle conception technique présuppose un compromis social, "la compétence contre l'adhésion aux objectifs", dont on peut s'interroger sur les possibilités de sa généralisation.

Plan

1. Orientations générales et caractéristiques principales de la ligne:
Régularité des flux, maîtrise des procédés, qualité maximale
2. Déchargement et chargement wagons et stockage verre vide, perdu et plein :
Peu de changement, sauf nouveau plan-masse
3. Déficelage, contrôle et stockage palettes:
Les conditions de la suppression du poste actuel
4. Dépalettisation - convoyage casiers - palettisation-banderolage:
Le taux d'arrêt justifie des modifications de conception-machine et un conducteur électro-mécanicien plein temps
5. Le contrôle du contenu des casiers et le triage des bouteilles:
Après dépalettisation, il est la condition de la bonne marche de la ligne et d'un mirage de qualité.
6. Lavage - triage - stockage - régulation casier - formeuse carton
Un triage manuel inévitable.
7. Désoperculage - décaissage - encaissage - contrôle remplissage - conditionnement (éventuel).
8. Lavage-bouteilles:
La maîtrise en continue du procédé, par un laveur, condition de la qualité
9. Mirage des “vides”:
Restaurer la fonction, revaloriser le poste
10. Soutirage-bouchage:
La maîtrise du bouchage
11. Le mirage visuel des “pleines” :
un luxe ?
12. Etiquetage :
une opération qui restera délicate
Conclusion :
quelle est l’augmentation de temps de marche réel de la ligne verre 1 l. consignée actuelle, pour qu’un salarié supplémentaire, affecté à obtenir cette augmentation, soit rentable ?

Mots-clés

Automatisation, industrie alimentaire, formes sociales de la technique, fiabilisation

Disciplines concernées

Anthropologie, Économie, Ergonomie, Géographie, Gestion, Histoire des Sciences et des Techniques, Sciences cognitives, Science de l’ingénieur, Science du politique, Sociologie.

Contexte d’écriture

Contribution
à l’évolution du questionnement personnel
à la production scientifique du réseau ou du laboratoire d’appartenance
au débat scientifique national et international
à la diffusion des résultats de la recherche
à la valorisation des résultats de la recherche

Références, commentaires, notes critiques
en cours de recension

compte-rendu
note critique
notice bibliographique
commentaire
quelques citations

Pertinence actuelle

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Date de mise en ligne
2015.08.10

Dates des mises à jour

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