1. The first attempts to develop a cooperative work from 1964 to 1976

1.1. The evolution of a rural commune in the outskirts of Lyon, studied by a group of master students

En 1964, un groupe d'étudiants, dont je faisais partie, ayant terminé leur licence, les uns en sociologie, les autres en histoire, en géographie, en économie, en démographie, en psychologie, en architecture, prit l'initiative d’étudier l’évolution d’un commune rurale de la grande périphérie lyonnaise. Nous connaissions certains des acteurs locaux. Nous avons essayé de comprendre les tensions nées des devenirs contradictoires possibles de la commune. Nous sommes parvenus à rédiger une “honnête” monographie, dont j'ai assuré la coordination. Bien qu'orientée par la question initiale, elle n’en souffrait pas moins d’être la juxtaposition d’études particulières. Jeunes chercheurs, soucieux chacun d'être digne de sa discipline, nous avons fait l'apprentissage du dialogue parfois rugueux entre sciences sociales. L'expérience a été cependant suffisamment appréciée par les uns et par les autres pour que le goût du travail coopératif et interdisciplinaire perdure chez nombre d'entre nous (1).

1.2. Investigations enriched by the concerned actors

Mes recherches sur la division du travail ainsi que mes activités militantes de l'époque, au sein des Cahiers de Mai, m'ont amené à suivre des conflits sociaux suscités par l’introduction de systèmes automatisés et à participer à leur "popularisation". Les raisons profondes de ces conflits ne se donnaient pas à voir facilement, les revendications mises en avant par les syndicats étant souvent de caractère salarial ou réglementaire. Les salariés en grève, occupant souvent leurs lieux de travail, étaient sensibles à l’idée d'en faire connaître les vrais motifs. Un travail d'explicitation et de formulation collectives s'engageait alors sur plusieurs jours. La richesse informative et explicative qui ressortait de la relation ainsi instaurée m'a beaucoup donné à réfléchir. Cette expérience, courte, fut néanmoins décisive sur ma pratique d’enquête jusqu’à aujourd’hui, sur ma posture de chercheur, sur ma compréhension de l’intelligence pratique des acteurs, et sur les liens à instaurer entre cette dernière et la connaissance savante.

1.3. The attempt to form a group to study the "division of labour"

En 1976, il apparaissait qu’un courant de recherche était en train de naître autour de la problématique de la division du travail, en sociologie, en économie et en histoire, et qu’il pouvait être intéressant que les chercheurs s’inscrivant dans ce courant se rencontrent. Notre intention n’était pas de se constituer en séminaire, où chacun aurait exposé ses travaux, mais bien un groupe de travail pour se poser ensemble les questions que ce courant avait à résoudre pour progresser. Cette exigence était-elle trop ambitieuse? ou bien était-ce notre naïveté de croire que les connivences intellectuelles suffiraient à rendre possible un travail de réflexion en commun? Toujours est-il que la tentative n’a pas franchi l’étape de la troisième réunion! L’expérience m’a servi de leçon. La coopération entre pairs n'a de chance de se développer en tant que principe de relation entre chercheurs qu'en prenant en compte les logiques institutionnelles dans lesquelles les uns et les autres sont pris.

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(1) Freyssenet M. (coord.) “Yzeron, commune rurale de la banlieue lyonnaise”, Lyon, Ecole Pratique de Psychologie et de Pédagogie, 1966, 253 pages.