La division capitaliste du travail de la coopération à l'automatisation

Référence du texte

Freyssenet M., La division capitaliste du travail de la coopération à l'automatisation, version française originale de Freyssenet M., A divisao capitalista do trabalho, Tempo social, Revista de Sociologia da USP (Universidade de Sao Paolo), volume 1, n° 2, 1989, pp 74-87. Éditions numérique: freyssenet.com, 2010, 160 Ko, ISSN 7116-0941.

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Résumé

Les recherches concernant l'évolution du travail confirmaient au début des années 70 l'une ou l'autre des deux principales thèses de la sociologie française du travail des années 60. Soit on pouvait constater un regroupement de tâches et de fonctions autrefois réparties entre de nombreuses personnes, c'est-à-dire une recomposition du travail (Touraine), soit une substitution d'un système de travail à un autre, de tâches à d'autres, n'ayant rien de comparables et ne pouvant être analysées qu'en tant que telles, rendant ainsi impossible toute évaluation en termes de plus ou moins grande division ou recomposition du travail (Naville). Mais ces thèses ont un point commun : elles utilisent de fait le concept de division du travail comme une catégorie descriptive. Leur méthode consiste à vérifier si à l'instant t+1 les tâches ont été divisées entre plusieurs personnes par rapport à l'instant t.

Or une tâche peut être divisée sans que pour autant chacune de ses parcelles exige moins de savoir-faire, si leur contenu a été enrichi. Inversement, des tâches peuvent être regroupées sans pour autant nécessiter une plus grande compétence si le contenu de chacune d'elles a été préalablement appauvri. Enfin, une tâche peut apparaître non modifiée, et en fait avoir été divisée si une partie de son contenu est effectuée par une machine. La considération des techniques productives comme variable exogène, déterminante sur l'organisation du travail mais ne relevant pas de l'analyse sociologique, a réduit le concept de division du travail à une simple répartition nouvelle des tâches. L'intégration du mode de conception des machines dans le champ d'analyse conduit à redonner au concept de division du travail sa portée sociologique.

La division du travail apparaît alors comme un processus social conflictuel transformant la répartition sociale de l'intelligence requise pour une production donnée, par la concentration sur un nombre restreint de travailleurs de la charge de concevoir des outils, des mécanismes, des automatismes, et des modes opératoires pouvant se substituer de plus en plus à l'activité intellectuelle des autres travailleurs.

Si la diversité des qualités requises des salariés rendent incomparables les tâches qu'ils effectuent à des périodes différentes, la qualification exigée par ces tâches peut par contre être évaluée par le seul point commun qu'elles ont entre elles: le temps de réflexion sur la pratique nécessaire pour acquérir et entretenir les qualités singulières qu'elles demandent, que ce soit l'habileté, la force physique, l'imagination, la capacité de lire et d'écrire, de raisonner mathématiquement, etc. Toutes ces qualités exigent réflexion pour être acquises et mises en oeuvre. L'étude de l'évolution de la qualification a donc un sens et elle est possible.

Une méthode d'analyse de la division du travail s'esquisse. Elle consiste à identifier les problèmes qui sont à résoudre pour transformer un produit, et ensuite à rechercher comment se fait la répartition sociale de la résolution de ces problèmes. Dans cette perspective, la prise en compte de la conception des machines et de ce qu'elles incorporent est nécessaire. L'unité d'analyse ne peut plus être la tâche, l'atelier, voire l'usine, ou l'entreprise, mais l'ensemble du procès de fabrication du produit considéré, pouvant englober des activités localisées en d'autres lieux, mais concentrant une partie de l'intelligence nécessaire.

Plan

1. Le processus de déqualification-surqualification
2. La forme sociale actuelle d'automatisation

Mots-clés

Division du travail, conflis sociaux, automatisation, déqualification-surqualification, rapport capital-travail, taylorisme

Disciplines concernées

Anthropologie, Économie, Gestion, Histoire, Histoire des Sciences et des Techniques, Science de l’ingénieur Sociologie

Contexte d’écriture

Contribution
à l’évolution du questionnement personnel
à la production scientifique du réseau ou du laboratoire d’appartenance
au débat scientifique national et international
à la diffusion des résultats de la recherche
à la valorisation des résultats de la recherche

Références, commentaires, notes critiques

Pertinence actuelle

Voir aussi

Freyssenet M., Le processus de déqualification-surqualification de la force de travail, CSU, Paris, 1974, 247 p.

Freyssenet M., “Division du travail, taylorisme et automatisation: confusions, différences et enjeux”, in M. de Montmollin, O. Pastré (dir.), Le Taylorisme, Paris, La Découverte, 1984, pp 321-333.

Freyssenet M., “La requalification des opérateurs et la forme sociale actuelle d’automatisation”, Sociologie du travail, 4/1984. pp 422-433. Édition numérique : freyssenet.com, 2007, 1,1 Ko. ISSN 1776-0941.

Freyssenet M., “Processus et formes sociales d’automatisation : le paradigme sociologique”, Sociologie du Travail, n° 4/92, pp 469-496.

Site de Tempo Social

http://www.scielo.br/revistas/ts

Date de la mise en ligne de l’article

2010.07.01

Dates des mises à jour

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