Le rapport capital-travail et l'économique

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Référence

Freyssenet M., “Le rapport capital-travail et l’économique”, in Freyssenet M., Magri, S.(dir.), Les rapports sociaux et leurs enjeux, Paris, CSU, tome 2, 1990, pp 5-16. Édition numérique freyssenet.com, 158 Ko.

Ce texte est téléchargeable en allant à la fin de cette page. Des parties ont été reprises dans d’autres articles, notamment ceux sur l’origine du travail et sa naturalisation.

Résumé

Le rapport capital-travail est généralement appréhendé comme un rapport dans l’ordre économique, ce qui présuppose la possibilité d’une définition universelle de l’économie. Ce domaine pourrait être défini et délimité, après élimination des particularités qu’il présenterait dans chacune des sociétés connues, par les activités contribuant à la reproduction matérielle de la vie humaine et sociale. Le rapport capital-travail en serait une des formes historiques.

Cette représentation de l’économie fait problème. Ce n’est en fait que dans nos sociétés, à la différence de toutes les autres, que l’économie a été constituée en un domaine particulier. Le rapport capital-travail qui est à l’origine de son émergence est en outre susceptible de se diffuser à des activités très diverses, dont nombre d’entre elles étaient encore il y a peu considérées comme hors du champ économique. Enfin il est nécessaire, pour fonder l’importance qui est généralement donnée à l’économique, de recourir à une hypothèse, non seulement sur les conditions premières “évidentes” nécessaires à toute vie humaine, mais aussi sur le propre de l’homme à son origine, que l’on est de moins en moins en mesure de définir.

Tout laisse à penser donc qu’un rapport social n’est pas fondamental en lui-même, ni en raison du domaine d’activité dont il relèverait, mais qu'il le devient. Par quel processus un rapport social peut historiquement prévaloir sur d’autres, et parfois hégémoniser et homogénéiser tout le social? Une hypothèse est avancée. Des conditions nécessaires à la reproduction de toute société existent, en dehors de celles qui sont propres à chacune. Mais ces conditions sont multiples : bien sûr manger, boire, mais aussi procréer, respirer, communiquer, transmettre, se mouvoir, ne pas être tué et bien d’autres conditions, connues ou inconnues. Ces conditions “vitales” ne le deviennent, et ne sont perçues comme telles qu’à partir du moment où elles ne sont plus données naturellement ou socialement à tous. Un rapport social deviendrait important, lorsqu’il transforme au moins une des conditions de la vie en société en enjeu social et en moyen de différenciation et de contrôle, et qu’il devient fondamental lorsqu’il parvient à être la voie obligée pour accéder aux ressources matérielles et immatérielles correspondant aux conditions générales de la vie en société.

Plan

1. L'économique a-t-il été inventé ou découvert ?
2. Quelle représentation de l'homme et de ses origines faut-il mobiliser pour universaliser l'économique, et fonder la prééminence des rapports sociaux qui lui sont attribués sur les autres rapports sociaux ?
3. Le rapport capital-travail n'est pas lié conceptuellement à la production matérielle
4. Le rapport capital-travail est un rapport totalement social

Mots-clés

Rapport social, rapport capital-travail, l’économique, catégorisation du social.

Disciplines concernées

Anthropologie, Économie, Gestion, Histoire, Philosophie, Psychologie, Science du politique, Sociologie.

Contexte d’écriture

Au milieu des années 80, sous la poussée de la pensée libérale, les termes de capitalisme et de rapport capital-travail commençaient à disparaître des articles et des ouvrages de sciences sociales et les réalités qu’ils désignent diluées, occultées ou même niées. Les effets des politiques libérales et les réactions qu'elles ont suscitées ont depuis fait ré-émerger ces notions dans le discours public et universitaire. Elles restent cependant encore entachées de nombreuses ambiguïtés et contresens. Ce texte de 1987 montre notamment comment Marx a ouvert la voie à une dénaturalisation et à une historicisation complètes de l’économie, ainsi qu’à une approche sociologique du rapport capital-travail, loin de "l'économisme" qui lui est reproché à la suite de l'ignorance de son incessant travail de recherche et la confusion de ce dernier avec ce qui deviendra le "marxisme officiel".

Place

dans l’évolution du questionnement personnel
Ce texte, comme celui qui lui est associé (Freyssenet M., "Le concept de rapport social peut-il fonder une autre conception de l'objectivité et une autre représentation du social?", in Freyssenet M. et Magri S. (dir.), Les rapports sociaux et leurs enjeux, CSU, Paris, tome 1, 1989, pp 9-23), constitue un deuxième jalon important, après le premier texte (Freyssenet M., "Les rapports de production: travail productif et travail improductif", Paris, CSU, 1971, 37 p. ) qui a ouvert la voie vers le projet d’une théorisation des rapport sociaux.

dans la production scientifique du réseau ou du laboratoire d’appartenance
Ce texte a mis en œuvre sur le cas du rapport capital-travail l’approche des rapports sociaux proposée lors de la séance introductive du séminaire du CSU 1986-1988 « Les rapports sociaux et leurs enjeux ». Il a contribué au débat et la réflexion du laboratoire au cours de ce séminaire.

dans le débat scientifique national et international
Le débat ouvert a débordé quelque peu les limites du CSU à travers les intervenants extérieurs invités (Colette Guillaumin, Pierre Vidal-Naquet, Nona Mayer, Claudine Herzlich, Jeannine Pierret, Maurice Godelier, Robert Castel, Anne-Marie Daune-Richard) et les auditeurs intéressés. Notons que Maurice Godelier a saisi l’occasion de ce séminaire pour mentionner l’évolution de sa pensée. C’est probablement sur les travaux concernant ce qui a été appelé "les rapports sociaux de sexe" et "les rapports de genre" que l’influence du débat a été le plus visible.

dans la diffusion des résultats de la recherche
Il a été publié trois ans plus tard dans le volume 2 de Les rapports sociaux et leurs enjeux.

dans la valorisation des résultats de la recherche
Aucune identifiable.

Références, commentaires, notes critiques

La collecte est encore à faire.

Pertinence actuelle

On y trouve les principales pistes orientant le projet de théorisation des rapport sociaux. Si le texte s'inscrit explicitement dans l'effort de Marx pour dénaturaliser ses concepts, il franchit le pas que Marx n'a pas voulu ou eu le temps de franchir, bien qu'il soit logique de le faire dans le droit fil de sa pensée, en enlevant tout caractère universel aux termes de production, de rapports de production, de mode de production, d'économie et de travail et surtout aux réalités qu'ils désignent.

Voir aussi

✔ Freyssenet M., Le concept de rapport social, comme socle possible et acceptable d’une approche intégrée en sciences sociales, Colloque International Recherche&Régulation 2015 « La théorie de la régulation à l’épreuve des crises », Paris : 10-12 juin . Éditions numériques, freyssenet.com, 2015, 1,21 Mo, ISSN 7116-0941. En espagol, Freyssenet M., De los modelos productivos al concepto de relación social, un intento de hacer converger las ciencias sociales, IX Congreso Nacional de la Asociación Mexicana de Estudios del Trabajo : El Trabajo que México necesita, Aguascalientes, 5-7 de Agosto 2015. Edición numérica : freyssenet.com, 2015, 60 Ko, ISSN 7116-0941.

✔ Freyssenet M., “Les rapports de production: travail productif et travail improductif”, Paris, CSU, 1971, 59 p. Édition numérique, freyssenet.com, 2006, 504 Ko.

✔ Freyssenet M., "Le concept de rapport social peut-il fonder une autre conception de l'objectivité et une autre représentation du social?", in Freyssenet M. et Magri S. (dir.), Les rapports sociaux et leurs enjeux, CSU, Paris, tome 1, 1989, pp 9-23. Édition numérique, freyssenet.com, 2006, 210 Ko.

Freyssenet M., Magri S., (dir.), Les rapports sociaux et leurs enjeux, Paris, CSU, 1989, vol 1, 208 p.

Freyssenet M., Magri S., (dir.), Les rapports sociaux et leurs enjeux, Paris, CSU, 1991, vol. 2, 154 p.

Freyssenet M., « Esprit es-tu là? À propos de "Le nouvel esprit du capitalisme", de Luc Boltanski et Ève Chiapello », L'Année de la Régulation, n° 5, 2001-2002, pp 309-318.

Date de mise en ligne de l'article

2006.02.01

Dates des mises à jour

2015.09.17

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