Éditorial, février 2010. Un nouvel ouvrage mis en ligne: La ségrégation spatiale dans l’agglomération parisienne

Outre des mises à jour de documents statistiques et l'introduction de quelques articles, l'événement du mois de janvier sur ce site a été la mise en ligne d'un ouvrage de 1971: Freyssenet M., Regazzola T., Retel J., Ségrégation spatiale et déplacements sociaux dans l’agglomération parisienne de 1954 à 1968, Paris, CSU, 1971, 161 p. Édition numérique: freyssenet.com, 2010, 3,7 Mo, ISSN 7116-0941.

La recherche correspondante a consisté à décrire de la manière la plus précise et la plus rigoureuse possible l'évolution de la composition sociale des communes et quartiers de l'agglomération parisienne entre les recensements de 1954, 1962 et 1968 et les mouvements de population par catégorie socio-professionnelle.

Le but était double : provoquer une rupture par rapport aux représentations (fort nombreuses) de l'évolution de l'agglomération parisienne, produire des données dont la théorie aurait à rendre compte et à l'aide desquelles elle pourrait se construire.

Les résultats permirent de remettre en cause certaines affirmations hâtives sur la "conquête de Paris par la bourgeoisie" et la transplantation des ouvriers en banlieue. Globalement, la ségrégation sociale, mesurée par un coefficient de corrélation entre les pourcentages des catégories socio-professionnelles prises deux à deux, avait été maintenue entre les ouvriers d'une part et les cadres supérieurs-professions libérales d'autre part. Le fait nouveau au cours de la période avait été le passage d'une "association spatiale" des employés avec les cadres moyens et supérieurs à une association avec les ouvriers.

Le "niveau social" de Paris s'était effectivement "élevé", mais il l'avait fait non par forte croissance des catégories "supérieures" mais par forte décroissance des employés, des ouvriers, du personnel de service, des artisans et petits commerçants, des "autres catégories", due autant à un non renouvellement qu'à un solde migratoire négatif. Les mouvements migratoires entre Paris et sa banlieue avaient été importants pour toutes les catégories socio-professionnelles, et leurs soldes toujours négatifs avec Paris. Les déplacements vers la banlieue n'étaient pas propres aux catégories "populaires". Ce qui leur était propre, c'était les causes, les conditions et les conséquences de ces déplacements. En banlieue, le type de commune à majorité ouvrière, qui était le plus fréquent en 1954, avait cédé la place au type caractérisé par un pourcentage voisin de cadres moyens, d'employés et d'ouvriers qualifiés et un pourcentage faible de cadres supérieurs et d'ouvriers spécialisés-manoeuvres. Globalement, la banlieue n'était pas devenue plus "populaire", car les cadres supérieurs et les cadres moyens y avaient augmenté en nombre beaucoup plus vite que les ouvriers. À Paris, le nombre de quartiers à majorité ouvrière avait fortement régressé au profit de quartiers de type "supérieur" ou "moyen supérieur".

L'enquête soulignait la variété et la complexité des mouvements de population selon les catégories socio-professionnelles. Elle appelait des recherches approfondies sur les marchés du travail et du logement par catégorie socio-professionnelle et sur les processus de localisation des emplois et de l'habitat.

Cet ouvrage fut notamment utilisé par des enseignants du supérieur pour montrer à leurs étudiants les exigences qu'une analyse statistique fouillée imposait en matière d'interprétation.